Parier de l'argent sur le lieu du prochain feu de forêt : la nouvelle pratique qui inquiète les États-Unis
Des sites de paris proposent de miser de l'argent sur les incendies en cours aux États-Unis. Neuf sénateurs américains demandent d'interdire de parier sur les feux de forêt, avant qu'un joueur n'en allume un..
Aux États-Unis, une pratique originale et controversée émerge : parier de l’argent sur l’emplacement des prochains feux de forêt. Cette activité, qui s’inscrit dans le cadre des marchés de prédiction (des plateformes où les participants misent sur des événements futurs), suscite l’inquiétude des autorités. Contrairement aux paris sportifs traditionnels, ces marchés permettent de spéculer sur des catastrophes naturelles, comme les incendies, qui ont causé en 2023 des dégâts estimés à plus de 16 milliards de dollars aux États-Unis. Les organisateurs de ces plateformes, souvent basées en ligne, promettent des gains rapides, mais les critiques soulignent les risques éthiques et sociaux de cette spéculation sur des drames humains et environnementaux.
Les plateformes proposant ces paris fonctionnent comme des marchés de prédiction, un concept inspiré des marchés financiers mais appliqué à des événements incertains. Les participants achètent ou vendent des contrats liés à la probabilité qu’un feu de forêt se déclare dans une zone précise (par exemple, un État comme la Californie ou l’Oregon). Si leur prédiction est correcte, ils remportent des gains proportionnels à leur mise. Par exemple, un contrat valant 100 dollars pourrait rapporter 200 dollars si l’événement se produit. Ces plateformes utilisent des algorithmes pour ajuster les cotes en temps réel, en fonction des données disponibles comme la sécheresse, les températures ou les rapports des pompiers.
Cette pratique soulève des questions éthiques majeures. Les détracteurs estiment qu’elle transforme des catastrophes naturelles en opportunités de profit, ce qui peut être perçu comme une forme de speculation macabre. En 2025, une étude de l’université de Californie a révélé que 68 % des Américains interrogés désapprouvaient ces paris, les jugeant immoraux. De plus, certains craignent que ces marchés n’encouragent indirectement une négligence des mesures de prévention, les assureurs ou les autorités locales pouvant être incités à sous-estimer les risques pour maximiser leurs gains sur ces paris.
Face à cette tendance, plusieurs États américains ont commencé à légiférer. En 2026, la Californie a adopté une loi interdisant les paris sur les catastrophes naturelles, suivie par l’Oregon et le Colorado. Le gouverneur de Californie a justifié cette mesure en déclarant que ces marchés « exploitent la souffrance des populations et des écosystèmes ». Au niveau fédéral, le Secrétariat au Trésor (département américain équivalent à un ministère) étudie la possibilité d’une interdiction nationale, bien que des lobbies financiers s’y opposent, arguant de la liberté commerciale et de la transparence des plateformes.
Les compagnies d’assurance, déjà en première ligne face aux incendies, voient d’un mauvais œil cette nouvelle pratique. En 2024, les primes d’assurance habitation en Californie ont augmenté de 25 % en moyenne, en partie à cause des risques accrus de feux de forêt. Certains assureurs craignent que les marchés de prédiction ne faussent leurs modèles actuariels, en introduisant une variable spéculative dans l’évaluation des risques. Par exemple, si des milliers de paris sont placés sur une zone peu exposée, les assureurs pourraient être tentés de réduire leur couverture, augmentant ainsi la vulnérabilité des habitants.
Face à ces enjeux, des alternatives émergent. Certaines plateformes proposent désormais des paris sur des *solutions préventives*, comme le nombre de pompiers mobilisés ou l’efficacité des campagnes de débroussaillage. Ces marchés, bien que marginaux, visent à orienter les investissements vers la prévention plutôt que la spéculation. Par ailleurs, des économistes comme Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie) ont appelé à une régulation stricte, estimant que ces paris « distordent la perception des risques réels » et pourraient aggraver les inégalités sociales, les populations modestes étant les plus exposées aux incendies.

