« Une transformation majeure pour l’exploration spatiale » : la NASA confirme le lancement en 2028 de son premier vaisseau à fission nucléaire, le SR-1 Freedom
Depuis l'ère Kennedy, les ingénieurs et décisionnaires de la NASA sont persuadés que l'énergie nucléaire est la solution parfaite pour propulser les vaisseaux dans l'espace lointain. Pendant près de 60 ans de nombreux projets furent abandonnés, mais l'agence américaine a fini par signer le premier protocole d’accord qui l'engage à lancer son premier vaisseau à fission nucléaire fin 2028 : le SR-1 Freedom..
La NASA a officiellement confirmé le lancement de son vaisseau SR-1 Freedom en 2028, malgré un report initial prévu pour mars 2026. Ce vaisseau, premier du genre à propulsion nucléaire, vise Mars. Le projet a franchi une étape majeure le 8 octobre avec la signature d’un protocole d’accord entre la NASA et le Département de l’Énergie des États-Unis. Ce document engage les deux institutions à collaborer sur tous les aspects du nucléaire spatial, incluant la production de combustible, les essais au sol et la conception du réacteur. Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a qualifié cette initiative de transformation majeure pour l’exploration spatiale. Le projet s’inscrit dans une stratégie américaine visant à renforcer sa présence dans l’espace, comme en témoigne le décret présidentiel Ensuring American Space Superiority signé en décembre 2025.
Le SR-1 Freedom pèse 12 tonnes et embarque un réacteur à fission nucléaire de 20 kW électriques, alimenté par de l’uranium faiblement enrichi à haute teneur (High-Assay Low-Enriched Uranium). Ce réacteur utilise un cycle de Brayton fermé, une technologie qui convertit la chaleur en électricité pour alimenter des propulseurs à effet Hall de 12 kW chacun. Ces propulseurs fonctionnent comme des moteurs ioniques : ils éjectent du gaz à très haute vitesse pour produire une poussée continue, mais extrêmement faible (moins d’un newton par propulseur). À titre de comparaison, un moteur Raptor de SpaceX développe 2 600 kN de poussée, soit plusieurs millions de fois plus. Cependant, les propulseurs du SR-1 sont conçus pour fonctionner pendant des mois, voire des années, permettant une accélération progressive et une efficacité énergétique bien supérieure. Le vaisseau mettra ainsi un an pour atteindre Mars.
Le système de propulsion du SR-1 Freedom est un héritage du PPE (Power and Propulsion Element), un module de 48 kW initialement conçu pour propulser et alimenter Gateway, la station orbitale lunaire du programme Artemis. En 2025, l’administration Trump a recentré les priorités de la NASA sur Mars, rendant le PPE disponible pour le SR-1. Cette réutilisation a permis d’économiser des années de développement, un gain crucial car le vaisseau doit atteindre Mars fin 2029. Une fois sur place, il larguera sa charge utile, nommée Skyfall, composée de trois hélicoptères dérivés d’Ingenuity, le drone de 1,8 kg qui a effectué 72 vols sur Mars entre 2021 et 2024.
Les trois hélicoptères Skyfall embarqués par le SR-1 Freedom sont plus grands et mieux équipés que leur ancêtre Ingenuity. Chacun intègre un radar à pénétration de sol pour détecter des dépôts de glace souterraine, des capteurs météorologiques pour mesurer température, vitesse et direction des vents, ainsi que des caméras pour cartographier le terrain. Leur objectif principal est d’identifier des sites d’atterrissage potentiels pour des missions habitées futures, en évaluant la topographie, les obstacles géologiques et la présence d’eau exploitable. La NASA estime que ces hélicoptères pourraient fonctionner pendant des mois, voire des années, grâce à leur autonomie énergétique.
Le SR-1 Freedom décollera de la Terre avant de s’éloigner progressivement de l’orbite terrestre en suivant une trajectoire héliocentrique, c’est-à-dire une orbite elliptique autour du Soleil. Cette trajectoire l’amènera à effectuer un premier survol de Mars après un an de voyage, puis à croiser à nouveau la planète pour larguer les trois hélicoptères Skyfall après 655 jours de mission. Ce plan de vol détaillé illustre la lenteur relative de cette propulsion nucléaire : bien que moins puissante que les moteurs chimiques classiques, elle permet une endurance exceptionnelle et une accélération progressive, contrairement aux lanceurs comme Starship de SpaceX, qui brûlent leur carburant en quelques minutes.
Le *SR-1 Freedom* et le futur *Lunar Reactor-1* (*LR-1*) constituent les premiers piliers de la filière nucléaire spatiale américaine. Le *LR-1* est un réacteur conçu pour alimenter la future base lunaire de la NASA, avec une mise en service prévue d’ici 2030, conformément au décret présidentiel *Ensuring American Space Superiority*. Jared Isaacman a souligné que l’énergie nucléaire ouvre la voie à des missions plus lointaines, plus longues et plus performantes, notamment pour les missions habitées vers Mars, où l’énergie solaire est moins abondante qu’à la surface de la Lune. Cette filière représente un tournant stratégique pour les États-Unis, qui visent à consolider leur suprématie spatiale.

