La valeur méconnue du bien-être entrepreneurial
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L’économie d’une nation repose aujourd’hui sur des actifs humains capables d’innover et de créer de la valeur durable. Historiquement, la puissance économique dépendait des ressources naturelles, de l’industrie ou de la finance. Aujourd’hui, elle s’appuie sur des compétences comme la maîtrise des données, l’intelligence artificielle ou la réindustrialisation. Derrière ces enjeux se trouvent des entrepreneurs qui prennent des risques et innovent. Leur endurance est cruciale : lorsqu’un entrepreneur s’épuise, ce n’est pas seulement sa santé qui est en jeu, mais aussi des emplois, des innovations, des investissements et même la dynamique locale d’un territoire. La santé mentale des entrepreneurs n’est plus seulement une question de santé publique, mais un enjeu de compétitivité nationale.
Les indicateurs économiques traditionnels, comme les chiffres de croissance ou de profitabilité, ne suffisent plus pour évaluer la solidité d’une économie. La performance économique dépend désormais de la capacité des individus à maintenir leur engagement dans la durée. Une étude de l’institut Selvitys révèle que les actifs recherchent non seulement une rémunération juste et des perspectives professionnelles, mais aussi l’autonomie, la maîtrise de leur temps, la qualité des relations humaines et un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Ces critères poussent de plus en plus de personnes vers l’entrepreneuriat. Par exemple, 84 % des entrepreneurs déclarent être épanouis dans leur activité, contre 68 % des salariés. De plus, 47 % des entrepreneurs estiment que leur activité a un impact très positif sur leur santé mentale, contre seulement 12 % des salariés.
Bien que les entrepreneurs soient globalement plus épanouis que les salariés, 82 % d’entre eux déclarent avoir déjà connu une période d’épuisement professionnel, et plus d’un quart vivent régulièrement cette situation. Ce paradoxe s’explique par le fait que l’autonomie améliore le rapport au travail, mais ne supprime pas les responsabilités ou les pressions. L’entrepreneur choisit davantage qu’il ne subit, mais cette liberté s’accompagne d’une forte exposition aux décisions stratégiques, aux fluctuations économiques et à la solitude du dirigeant. Pendant longtemps, la réussite entrepreneuriale était associée à des qualités individuelles comme le courage ou la capacité de travail. Aujourd’hui, elle repose aussi sur la préservation des ressources cognitives, émotionnelles et relationnelles.
Les économistes parlent souvent de capital humain, capital financier ou capital technologique, mais un concept manque encore : le capital bien-être entrepreneurial. Il désigne la capacité d’un entrepreneur à maintenir durablement son énergie, sa lucidité, sa créativité et son engagement malgré les défis économiques et les périodes de tension. Ce capital ne dépend pas uniquement des caractéristiques individuelles, mais se construit grâce à des facteurs externes. Il repose sur la qualité de l’accompagnement, l’accès à la formation, les réseaux professionnels, la prévention de l’isolement et les dispositifs qui permettent à l’entrepreneur de ne pas porter seul le poids de ses responsabilités. Par exemple, 66 % des salariés déclarent qu’ils envisageraient plus facilement de créer leur entreprise s’ils étaient accompagnés, et le principal frein n’est plus le risque économique, mais la perspective de devoir affronter seul les difficultés.
L’impact d’un entrepreneur en difficulté dépasse sa situation personnelle : il concerne la création d’emplois, l’innovation, les recettes fiscales, la vitalité des territoires et, à terme, la compétitivité du pays. L’État a donc un rôle clé à jouer à trois niveaux. D’abord, libérer en réduisant la complexité administrative, qui pèse sur les entrepreneurs. Ensuite, protéger en construisant une sécurité réelle pour les indépendants, notamment face aux aléas économiques. Enfin, accompagner en renforçant la formation, la prévention de l’isolement et l’accès à des réseaux d’entraide. Ces mesures ne relèvent pas uniquement du bien-être, mais constituent des investissements productifs qui participent directement à la création de richesse.
La décennie passée a été marquée par la démocratisation de l’entrepreneuriat, mais la prochaine décennie doit se concentrer sur sa pérennité. Cela implique de considérer l’accompagnement, les réseaux d’entraide, la formation continue, le mentorat, la prévention de l’isolement et la santé mentale comme des investissements productifs. La souveraineté économique ne se construit pas seulement dans les laboratoires ou les usines, mais aussi dans la capacité d’une nation à préserver celles et ceux qui choisissent chaque matin d’entreprendre. L’enjeu n’est plus seulement de créer des entreprises, mais de les faire durer en préservant l’équilibre et la santé de leurs dirigeants.

