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Société

Le paludisme avait presque disparu de cette région, pourquoi revient-il en force aujourd'hui?

Slate FR · mis à jour il y a 18 j

Lors de la construction d'un méga-barrage, un programme de lutte contre le paludisme avait presque fait disparaître la maladie dans la région d'Altamira, en Amazonie brésilienne. La fin des mesures a permis au moustique de reprendre du terrain..

Succès initial contre le paludisme

Entre 2013 et 2017, à Altamira, en Amazonie brésilienne, une campagne de lutte contre le paludisme a permis une réduction spectaculaire des cas. Le nombre d’infections est passé de 1 200 en 2013 à seulement une soixantaine en 2017. Cette baisse s’inscrivait dans le cadre de la construction du barrage hydroélectrique Belo Monte, l’un des plus grands au monde. Les mesures mises en place incluaient la pulvérisation d’insecticides dans les habitations, la distribution de moustiquaires imprégnées et un diagnostic rapide des malades. Ces actions ont permis de briser la chaîne de transmission du parasite responsable du paludisme, transmis par les moustiques. Le paludisme est une maladie infectieuse grave, causée par un parasite (Plasmodium) qui se transmet à l’homme via la piqûre d’un moustique infecté (Anopheles).

Retour en force du paludisme

Quelques années après la fin du programme de lutte, le paludisme est revenu en force à Altamira. En 2026, plus de 700 cas sont recensés chaque année, principalement dans les zones rurales. Les scientifiques ont analysé quinze années de données pour comprendre cette résurgence. Ils ont croisé des informations médicales, des images satellites de la forêt environnante et des données climatiques comme la température ou les précipitations. Leur étude, publiée en juillet 2025 dans la revue GeoHealth, montre que la déforestation et l’urbanisation, liées à l’élevage bovin et à la construction du barrage, ont créé des habitats propices à la reproduction des moustiques. Ces derniers se développent notamment à la lisière des forêts, où l’ombre et l’humidité favorisent leur prolifération.

Rôle des zones rurales

Avant la construction du barrage, la majorité des cas de paludisme se concentraient en ville. Aujourd’hui, la situation s’est inversée : les foyers ruraux isolés, situés près de la lisière de la forêt, sont les plus touchés. Selon Eloise Skinner, épidémiologiste à l’Université de Queensland en Australie et coauteure de l’étude, cette évolution s’explique par la difficulté d’accès à ces zones pour les services de santé. Une fois le programme de prévention terminé, les mesures comme le diagnostic rapide ou la distribution de moustiquaires n’ont plus été maintenues dans les communautés rurales. Le paludisme est une maladie qui se transmet facilement dans les environnements où les moustiques trouvent des conditions idéales pour se reproduire et piquer les humains.

Fin du programme, reprise des cas

Le programme de lutte contre le paludisme à Altamira a pris fin avec l’achèvement des travaux du barrage Belo Monte. Les mesures de prévention, comme les insecticides ou les moustiquaires, ont alors cessé d’être systématiquement appliquées. Pourtant, l’environnement autour d’Altamira reste propice à la transmission du parasite. Des milliers d’ouvriers étaient venus travailler sur le chantier, augmentant temporairement les risques. Une fois partis, les efforts de prévention ont été réduits, permettant au paludisme de resurgir. Les scientifiques soulignent que la fin prématurée de ces mesures a annulé des années de progrès. Le paludisme est une maladie endémique dans certaines régions tropicales, où les conditions climatiques et environnementales favorisent sa persistance.

Ce que ça pourrait changer

L’expérience d’Altamira montre que l’élimination du paludisme nécessite un engagement continu, même après une baisse significative des cas. Le Brésil vise l’éradication du paludisme d’ici 2035, mais la résurgence à Altamira rappelle que les risques persistent dans les zones à haut risque. Eloise Skinner insiste sur l’importance d’adapter les stratégies de prévention en fonction des environnements à risque, comme les lisières de forêt. Plutôt que de réduire les efforts une fois les cas diminués, il faut maintenir une surveillance et des traitements rapides, surtout dans les zones difficiles d’accès. Cette approche permet d’allouer les ressources là où elles sont le plus nécessaires pour éviter une reprise de l’épidémie.

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