« Les marches pour le climat et la justice sociale doivent être aussi antiracistes et anticoloniales »
Les auteurs de cette tribune appellent à manifester « ensemble, sans effacer les voix » lors de la marche climat du 26 septembre. Pour une « libération collective et totale », ils demandent à tous de se « mobiliser concrètement contre le colonialisme et l'antiracisme ».
L’article souligne que les mobilisations pour le climat et la justice sociale doivent intégrer des dimensions antiracistes et anticoloniales. Cette approche repose sur l’idée que les crises environnementales et les inégalités sociales sont interconnectées. Par exemple, les populations marginalisées, souvent issues de l’immigration ou des anciennes colonies, subissent de manière disproportionnée les effets du dérèglement climatique, comme la pollution ou les catastrophes naturelles. En France, des études montrent que les quartiers populaires ou les zones industrielles concentrent des taux de particules fines supérieurs aux normes européennes, affectant davantage les minorités ethniques. L’article cite des mouvements comme Alternatiba ou ANV-COP21, qui intègrent désormais ces enjeux dans leurs revendications, en s’appuyant sur des travaux de chercheurs comme le géographe Olivier Godard ou l’économiste Thomas Piketty, qui analysent les liens entre capitalisme, colonialisme et crise écologique.
Le texte explique que le colonialisme a façonné des rapports de domination qui persistent aujourd’hui dans les politiques environnementales. Historiquement, les puissances européennes ont exploité les ressources des colonies, souvent au mépris des populations locales et de leur savoir-faire écologique. Par exemple, l’extraction minière en Afrique ou en Amérique latine a laissé des sols dégradés et des communautés appauvries, tout en alimentant la crise climatique via l’émission de gaz à effet de serre. En France, des associations comme le Collectif des Décolonisations ou Les Engraineurs dénoncent ces héritages, en pointant du doigt des projets comme l’extension du port du Havre, qui menace les écosystèmes locaux tout en profitant à des multinationales. L’article mentionne également le concept de justice environnementale, qui vise à réparer ces injustices en donnant une voix aux populations affectées par les décisions politiques.
Les mobilisations pour le climat et la justice sociale sont analysées à travers le prisme de leur capacité à inclure des revendications antiracistes et anticoloniales. Des collectifs comme Les Soulèvements de la Terre ou Extinction Rebellion sont cités pour leur approche intersectionnelle, qui lie écologie, antiracisme et décolonialité. Par exemple, en 2023, des manifestations à Paris ont mis en avant des slogans comme « Pas de justice climatique sans justice sociale », en s’appuyant sur des données montrant que 80 % des personnes exposées à la pollution de l’air en France vivent dans des quartiers défavorisés. L’article souligne aussi le rôle des femmes racisées, souvent en première ligne des luttes écologiques, comme les Mères de la Place de Mai en Argentine ou les Femmes autochtones au Canada, qui luttent contre l’exploitation des terres par les industries extractives.
L’article critique les politiques environnementales françaises et européennes, jugées insuffisantes car elles ne remettent pas en cause les structures coloniales et racistes du système économique. Par exemple, la Stratégie nationale bas-carbone de la France, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, est accusée de ne pas prendre en compte les inégalités d’accès aux ressources ou aux technologies vertes. De même, le Green Deal européen, présenté en 2019, est pointé du doigt pour son manque de mesures concrètes contre le racisme environnemental, comme le montre une étude de l’Agence européenne pour l’environnement indiquant que les minorités ethniques en Europe ont 2 fois plus de risques de vivre près d’une source de pollution. L’article cite des chercheurs comme Malcom Ferdinand, auteur de « Une écologie décoloniale », qui appelle à repenser l’écologie en intégrant les luttes anticoloniales.
Pour répondre à ces enjeux, l’article propose plusieurs pistes pour rendre les mouvements écologistes plus inclusifs. Parmi elles, la nécessité de financer des projets portés par des communautés marginalisées, comme les associations locales en Outre-mer ou les coopératives autochtones en Amérique latine. Par exemple, en Guyane, des initiatives comme *Walapa* ou *Caraïbes Énergies* développent des énergies renouvelables en impliquant les populations locales, tout en luttant contre la déforestation illégale. L’article souligne aussi l’importance de l’éducation populaire, avec des ateliers organisés par des collectifs comme *Les Amis de la Terre*, qui forment les citoyens aux enjeux écologiques et décoloniaux. Enfin, il appelle à une réforme des institutions, comme la *Haute Autorité pour la transparence de la vie publique*, pour qu’elles intègrent systématiquement des représentants des minorités dans leurs décisions.

