Les politiques publiques peuvent-elles relancer la natalité ?
Colloque organisé par l'UMR DICE, Aix-Marseille Université avec l'Université Paris Panthéon Assas, l'Université Lyon, l'Université Lyon 3, le CRDMS, l'Université de Montpellier, l'Université de Toulon et le CERC, sous la responsabilité scientifique de Thierry S. Renoux, Michel Borgetto et Laurence GayLire la suite....
La France et le Japon font face à un déclin inquiétant de leur natalité, qualifié par le Haut-commissaire français Clément Beaune de « hiver démographique » le 6 mai 2026. Ce phénomène désigne une baisse durable du nombre de naissances, mettant en péril la stabilité économique et sociale des pays. Au Japon, la Première Ministre Sanae Takaichi a déclaré en octobre 2025 que ce déclin était « le plus grand défi du pays ». Les deux nations, bien que géographiquement et culturellement différentes, partagent un écart entre le nombre réel d’enfants et le désir d’enfant exprimé par la population. En France, par exemple, les politiques publiques visent à combler cet écart en aidant les projets familiaux à se concrétiser. Ces enjeux sont au cœur d’un colloque franco-japonais organisé à Aix-en-Provence les 24 et 25 septembre 2026.
Le colloque explore l’impact des politiques familiales sur la natalité, un terme désignant l’ensemble des mesures publiques destinées à soutenir les familles (allocations, congés parentaux, aides au logement, etc.). Julien Damon, sociologue à Sciences Po Paris, analysera comment ces politiques peuvent influencer le choix d’avoir des enfants. Par exemple, le Japon a lancé en 2025 le programme « Stratégie pour l’avenir des enfants », incluant des allocations familiales augmentées et la gratuité de l’école jusqu’au lycée. Ces mesures visent à réduire les freins financiers et logistiques à la parentalité. Le débat portera aussi sur l’équité entre générations, car une natalité faible peut déséquilibrer les systèmes de protection sociale, comme les retraites.
Le financement des politiques familiales est un enjeu majeur, notamment en période de baisse des recettes fiscales. Michel Borgetto, professeur émérite à Paris Panthéon-Assas, et Yojiro Shibata, professeur de droit à l’université de Nagoya, aborderont les modèles de financement existants. En France, ces politiques sont partiellement financées par des cotisations sociales et des impôts, tandis que le Japon mise sur des budgets publics dédiés. Le colloque examinera les avantages et limites de chaque approche, comme la progressivité des aides ou leur universalité. L’objectif est de trouver un équilibre entre soutien aux familles et soutenabilité économique pour l’État.
L’accès au logement est un facteur clé de la natalité, car un habitat stable et abordable facilite la décision d’avoir des enfants. Laurence Gay, professeure à Aix-Marseille Université, et Anna Konishi, maître de conférences à l’université Senshû de Tokyo, présenteront les politiques publiques en la matière. En France, des dispositifs comme le Prêt à taux zéro ou les aides au logement (APL) sont souvent cités comme des leviers. Au Japon, des programmes similaires existent, mais leur efficacité reste débattue. Le colloque analysera comment ces mesures pourraient être renforcées pour encourager les jeunes ménages à fonder une famille.
Les politiques d’accueil de la petite enfance (crèches, assistantes maternelles, etc.) jouent un rôle crucial dans la natalité. Martine Long, doyenne de la faculté d’Angers, et Hitomi Nagano, professeure à l’université Sophia de Tokyo, discuteront des solutions existantes. En France, le nombre de places en crèche reste insuffisant dans certaines zones, malgré des efforts comme le plan crèches de 2023. Le Japon, confronté à une pénurie similaire, a mis en place des subventions pour les garderies privées. Le colloque évaluera l’impact de ces dispositifs sur la décision d’avoir des enfants et proposera des pistes d’amélioration.
Les structures familiales évoluent, avec une hausse des familles monoparentales, des unions libres ou des naissances tardives. Anaëlle Cappellari, maître de conférences à Aix-Marseille, et Sayaka Dake, professeure à l’université de Tohoku, analyseront comment le droit de la famille et les politiques sociales s’adaptent à ces changements. Par exemple, les droits des parents non mariés ou des couples homosexuels ont été renforcés en France ces dernières années. Au Japon, où la famille traditionnelle reste très ancrée, ces évolutions sont plus lentes. Le colloque cherchera à identifier les mesures qui pourraient soutenir ces nouvelles formes de parentalité.
La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale est un défi majeur pour les parents, surtout dans des pays où les carrières sont exigeantes. Maryse Badel, professeure à Bordeaux, et Miu Shibuta, maître de conférences à Hoirosaki, présenteront les politiques publiques en ce domaine. En France, des dispositifs comme le congé parental ou le télétravail sont encouragés, mais leur usage reste inégal. Le Japon, connu pour ses longues heures de travail, a lancé des réformes pour limiter les heures supplémentaires et promouvoir le work-life balance. Le colloque discutera de l’efficacité de ces mesures et de leur potentiel pour encourager la natalité.
Face à une natalité en baisse, certains pays envisagent l’immigration comme une solution pour maintenir leur population. Thierry Renoux, professeur à Aix-Marseille, et Chizuko Hayakawa, professeure à Saga, aborderont cette question controversée. L’immigration peut compenser le déclin démographique à court terme, mais elle ne résout pas les causes structurelles (coût de la vie, conditions de travail, etc.). Le Japon, traditionnellement réticent à l’immigration, a récemment assoupli ses politiques pour attirer des travailleurs étrangers. Le colloque évaluera les avantages et les limites de cette approche, en comparant les modèles français et japonais.
Ce colloque, organisé à Aix-en-Provence les 24 et 25 septembre 2026, réunira des experts français et japonais pour échanger sur les politiques de natalité. Il s’inscrit dans le cadre du *programme Hubert Curien (PHC SAKURA)*, une collaboration scientifique entre la France et le Japon. Les intervenants, issus d’universités et d’institutions comme Sciences Po, l’université de Tokyo ou Aix-Marseille Université, présenteront des analyses juridiques, économiques et sociologiques. L’événement est ouvert au public dans la limite des places disponibles, et accessible en ligne via le site de l’Institut Louis Favoreu. L’objectif est d’alimenter le débat législatif et de proposer des solutions concrètes pour relancer la natalité dans les deux pays.

