Faut-il s’inquiéter de la forte réplique des Houthis au Moyen-Orient?
Une contre-offensive a été lancée cette semaine contre ce groupe islamiste qui contrôle une partie du Yémen..
Les Houthis, un groupe armé yéménite officiellement appelé Ansar Allah (« partisans de Dieu »), contrôlaient déjà un tiers du Yémen, dont la capitale Sanaa, avant une offensive éclair en septembre 2026. Ils ont alors conquis la ville portuaire de Mokha et l’ensemble du littoral de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb. Ce détroit est une voie maritime stratégique reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. Le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, a lancé une contre-offensive le 7 octobre 2026 pour reprendre le contrôle de ces zones. Selon Maged Al-Madhaji, expert yéménite, cette contre-offensive vise à éviter que les Houthis, alignés sur l’Iran, ne s’imposent durablement et ne menacent l’avenir du pays. Les Houthis sont perçus comme une menace régionale en raison de leurs ambitions et de leurs capacités militaires croissantes.
Les Houthis disposent d’une force militaire redoutable, avec des missiles d’une portée de 2 000 km et des drones capables d’atteindre 2 500 km. Leur arsenal inclut également d’importants stocks d’armes. Malgré les campagnes aériennes menées par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, Israël et les États-Unis, les Houthis ont toujours réussi à se reconstituer et à poursuivre le combat. Leur riposte récente a ciblé des infrastructures pétrolières et deux aéroports saoudiens, dont l’aéroport international du Roi-Khaled à Riyad. Selon Elisabeth Kendall, experte du Yémen, leur objectif principal est d’obtenir une reconnaissance politique en tant que dirigeants légitimes du pays. Si cette reconnaissance leur est refusée, ils pourraient continuer le conflit indéfiniment, tant qu’ils en auront les moyens.
La recrudescence des violences au Yémen s’inscrit dans un contexte plus large lié à la guerre en Iran, où les États-Unis sont engagés depuis sept mois. Les Houthis, un groupe chiite, font partie de l’axe de la résistance soutenu par l’Iran, qui inclut d’autres alliés affaiblis. Selon Elisabeth Kendall, les Houthis sont devenus la « carte maîtresse » de l’Iran, qui cherche à obtenir le meilleur accord possible concernant le détroit d’Ormuz et ses autres groupes alliés. La position géographique du Yémen, à l’entrée de la mer Rouge, confère aux Houthis un rôle clé dans cette stratégie. Leurs actions pourraient avoir des répercussions sur la sécurité régionale et la navigation internationale bien au-delà des territoires qu’ils contrôlent.
La guerre au Yémen pourrait s’étendre à d’autres pays. La Turquie et le Pakistan ont déjà annoncé leur soutien à l’Arabie saoudite en activant un accord de défense signé en août 2026. La Turquie a promis d’envoyer du matériel militaire, tandis que des troupes pakistanaises sont déjà présentes en Arabie saoudite. Le Royaume-Uni a proposé d’aider au ravitaillement en vol des avions saoudiens, la France a offert d’envoyer des troupes, et les États-Unis fournissent du renseignement. Selon Maged Al-Madhaji, ces pays estiment que les risques d’un affrontement direct avec les Houthis sont moins graves que les conséquences à long terme d’une consolidation de leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique.
La situation humanitaire au Yémen est catastrophique. Selon Helen Lackner, autrice spécialiste du pays, les réserves de nourriture sont épuisées depuis longtemps. Depuis septembre 2026, près de 200 000 personnes ont été déplacées, et plus de 5 millions depuis le début de la guerre en 2014. Le pays compte 35 millions d’habitants, dont la majorité vivait déjà dans la pauvreté avant le conflit. Les craintes liées à la prise de contrôle des Houthis incluent une gouvernance répressive, des prélèvements supplémentaires et un isolement financier accru en raison des sanctions. Les habitants s’inquiètent également des conditions de vie sous une autorité idéologiquement fermée et autoritaire.

