Doctolib et l’IA : ce qu’il faut savoir sur son programme de recherche utilisant vos données personnelles à partir du mois d’août
Le géant français de la prise de rendez-vous médicaux va utiliser les données de ses utilisateurs – ordonnances, antécédents, médicaments… – dans le cadre d’un projet visant à « améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle ». Il est toutefois possible de s’y opposer..
À partir d’août 2024 et pour une durée de trois ans, l’entreprise française Doctolib, spécialisée dans la prise de rendez-vous médicaux en ligne et utilisée par 50 millions de personnes, lance un projet de recherche en collaboration avec des institutions scientifiques. Ce projet vise à exploiter l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer les parcours de soins des patients. Concrètement, l’objectif est de permettre à un médecin, en analysant les données médicales d’un patient à un instant donné, de recevoir des indications sur les risques potentiels encourus par ce dernier. Cette démarche s’inscrit dans une thèse supervisée par Nicolas Barascud, chercheur impliqué dans le projet, aux côtés de quatre autres experts : deux travaillant pour Doctolib et deux autres issus de l’équipe HeKa, une structure commune à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’université Paris Cité.
Le projet de recherche mené par Doctolib implique l’utilisation de données personnelles de santé des utilisateurs de la plateforme. Plus précisément, sont concernées les informations saisies par les médecins dans leur logiciel Doctolib, qu’elles soient écrites ou dictées vocalement. Cela inclut les antécédents médicaux, les médicaments prescrits, des détails sur l’état de santé général du patient, ainsi que les documents et images partagés (comme des ordonnances). Toutes ces données seront conservées pendant une durée maximale de cinq ans dans le cadre de ce projet. Doctolib a informé ses utilisateurs de cette utilisation via un e-mail envoyé début juillet 2024, mais certains messages auraient pu passer inaperçus.
L’annonce de ce projet a suscité des réactions, notamment de la part de la Ligue des droits de l’homme (LDH), qui a appelé publiquement, le 16 juillet 2024, toutes les patientes et tous les patients à refuser l’utilisation de leurs données dans ce cadre. Cette prise de position reflète une inquiétude croissante quant à l’utilisation des données de santé par des acteurs privés, même dans un cadre de recherche médicale. Le projet soulève des questions éthiques et juridiques, notamment sur le consentement des patients et la protection de leurs informations sensibles. Doctolib, de son côté, présente cette initiative comme un moyen d’améliorer la qualité des soins grâce à l’IA, mais les débats sur la transparence et le respect de la vie privée persistent.

