«On se sent délaissé alors qu’on est les adultes de demain» : des milliers de lycéens continuent de se mobiliser malgré la répression
Ce mardi, la mobilisation lycéenne s’est poursuivie dans toute la France. Soutenu·es par de nombreux syndicats, des dizaines de milliers de jeunes ont défilé dans plusieurs villes, dont Paris.
Le 5 octobre 2026, des dizaines de milliers de lycéen·nes se sont rassemblé·es devant leurs établissements en France pour protester contre les conditions d’études jugées insupportables. Selon le ministère de l’intérieur, 256 000 manifestant·es ont défilé, tandis que les syndicats en dénombrent 450 000. Au total, 891 lycées sur 3 700 en France ont vu leurs cours suspendus, partiellement ou totalement. Cette mobilisation, née le 17 septembre à Créteil (Val-de-Marne), s’étend désormais à l’ensemble du pays, y compris en outre-mer. Les revendications portent principalement sur le délabrement des bâtiments scolaires, comme des plafonds effondrés, des fuites d’eau, des moisissures ou un manque de matériel. Les élèves dénoncent aussi des classes surchargées et un manque de professeurs, ce qui rend les conditions de travail difficiles, voire impossibles.
Les lycéen·nes réclament de meilleures conditions matérielles pour étudier, comme des salles de classe adaptées et non des préfabriqués inconfortables, où il fait froid en hiver et chaud en été. Ils·elles critiquent également la plateforme Parcoursup, utilisée pour l’orientation vers l’enseignement supérieur, qu’ils·elles jugent injuste, notamment pour les élèves issus de quartiers populaires. Mariama, élève en Seine-Saint-Denis, explique : « On n’a pas les conditions pour travailler, on se sent délaissé par la société alors qu’on est les adultes de demain. » Les manifestant·es demandent aussi une meilleure prise en compte de leurs voix dans les décisions politiques, alors que la présidentielle approche et que certain·es d’entre eux·elles voteront pour la première fois.
La mobilisation a reçu le soutien de nombreux acteurs. À Paris, 56 000 personnes, dont des parents, des professeur·es, des étudiant·es et des syndicalistes, ont rejoint le cortège place de la République. Des syndicats comme la Confédération paysanne (syndicat agricole) ou l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche ont appelé à rejoindre la protestation. Un enseignant en histoire-géographie, syndiqué au SNES-FSU, déclare : « On est là en soutien, pour dire au gouvernement d’écouter cette jeunesse. » Le collectif écologiste Extinction Rebellion a également marqué son soutien en accrochant un message sur la statue de Marianne à Paris. Ces soutiens soulignent l’ampleur du mouvement et sa dimension intergénérationnelle.
La mobilisation a été marquée par une répression exceptionnelle. Le ministère de l’intérieur a annoncé que 5 000 personnes avaient été placées en garde à vue, principalement des mineur·es. À titre de comparaison, 12 000 interpellations avaient été recensées en six mois lors du mouvement des Gilets jaunes. Plusieurs cas de blessures graves ont été signalés : un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil à Tours, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens, et un autre a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône. Au total, 215 élèves ont été blessé·es. La police des polices (Inspection générale de la police nationale) a ouvert dix enquêtes pour examiner ces incidents. Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a qualifié la situation de « drame » et annoncé une plateforme pour recueillir les témoignages des élèves.
Face à la mobilisation, le gouvernement a réagi en suspendant les cours jusqu’à la fin de la semaine pour organiser « un temps de démocratie interne » dans les lycées. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé cette mesure le 6 octobre 2026, sans pour autant annoncer de moyens financiers supplémentaires pour l’éducation nationale. Par ailleurs, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a exprimé sa « vive inquiétude » face au « recours disproportionné à la force » lors des manifestations. Le gouvernement a également lancé une plateforme permettant aux élèves de partager leurs difficultés et attentes jusqu’au 23 octobre 2026. Ces réponses restent critiquées par les manifestant·es, qui estiment que les mesures ne répondent pas à l’urgence des problèmes soulevés.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement tendu, marqué par une hausse des prix et des coupes budgétaires. À six mois de la présidentielle, les lycéen·nes, dont certain·es voteront pour la première fois, expriment leur colère face à un avenir qu’ils·elles jugent incertain. Koumba, élève en terminale à Montreuil, résume cette angoisse : *« J’ai peur de ne pas pouvoir nourrir mes enfants plus tard, de ne pas pouvoir payer l’essence, de faire des études que je n’aime pas… Ce sont tous les Français qu’Emmanuel Macron doit écouter. »* Le mouvement reflète ainsi une crise plus large, où les inégalités sociales et les difficultés économiques touchent l’ensemble de la population, y compris les jeunes.

