Cinq bédés qui sortent des cases à découvrir
De Philippe Girard à Joe Sacco, les nouveautés de l’automne s’annoncent de grande qualité..
Éloïse Marseille, autrice québécoise, publie en 2022 Confessions d’une femme normale, une bande dessinée autobiographique où elle aborde sans tabou la découverte de sa sexualité dans un milieu familial peu ouvert à ce sujet. En 2026, elle sort un nouvel album, Confessions d’une autre femme normale, coécrit avec sa cousine Frédérique. Cette dernière a grandi dans une famille pratiquant le nudisme, qualifiée de hippies de banlieue par Frédérique, ce qui l’a rendue marginalisée à l’école. Son récit explore les relations toxiques et l’apprentissage de l’amour dans un contexte familial non conventionnel. L’album mêle humour et sincérité, avec l’objectif de sensibiliser les adolescents aux relations amoureuses saines. L’autrice espère que son livre sera lu et discuté par des jeunes pour briser les silences autour de ces sujets.
Philippe Girard, auteur québécois, publie une bande dessinée historique centrée sur le Forum de Montréal, salle mythique du hockey canadien. Son récit prend son point de départ en 2009, lors du centenaire du Canadien de Montréal, un club de hockey professionnel fondé en 1909. Girard s’intéresse à Émile Laplante, un personnage fictif présenté comme soigneur de l’équipe pendant l’ère de Maurice Richard, une légende du hockey québécois des années 1940-1950. L’album explore le contexte culturel de Montréal à cette époque, marquée par une ouverture sociale et une influence du jazz. Girard, connu pour son attention aux détails, propose un récit riche en contexte historique et en anecdotes, offrant une perspective personnelle sur l’histoire du hockey et de la ville.
Chris Hedges, journaliste et essayiste américain, et Joe Sacco, auteur de bandes dessinées et journaliste malto-américain, collaborent pour une bande dessinée sur la situation des Palestiniens après les attaques du 7 octobre 2023 à Gaza. Hedges est une figure de la gauche américaine, critique du militarisme et du capitalisme, tandis que Sacco est pionnier du reportage en bédé, un genre mêlant dessin documentaire et journalisme. Leur précédente collaboration portait sur la pauvreté aux États-Unis. Leur nouvel album aborde la crise humanitaire à Gaza, un territoire palestinien sous blocus depuis 2007. Sacco, connu pour son style graphique brut et son engagement, a pour habitude de rendre les réalités complexes accessibles par le dessin, ce qui rend son travail particulièrement percutant.
Anne Villeneuve, autrice et illustratrice québécoise primée (notamment par le Prix du Gouverneur général), publie Trois petits tours pour La Havane, une bande dessinée mêlant carnet de voyage et autofiction. Après ses débuts en bande dessinée en 2017 avec Une longue canicule, Villeneuve propose ici un récit sur la vie quotidienne à Cuba, un pays confronté à une crise économique et politique majeure depuis le renforcement de l’embargo américain dans les années 1990. Son album offre un regard décalé et humain sur la réalité cubaine, en s’appuyant sur son expérience personnelle. L’autrice cherche à donner une voix aux Cubains en montrant les difficultés du quotidien à travers son propre prisme, ce qui pourrait rendre son récit à la fois authentique et subjectif.
Annie Deschamps, fille de Yvon Deschamps, figure emblématique du Québec, raconte avec l’aide de l’auteur Sampar et de Tristan Demers l’enfance de son père dans *Yvon avant Deschamps*. L’album se déroule dans le quartier Saint-Henri de Montréal dans les années 1940, une période souvent associée à la *Grande Noirceur*, une expression désignant les années de gouvernement conservateur et clérical de Maurice Duplessis (1944-1959). Malgré ce contexte politique répressif, l’enfance de Yvon Deschamps, surnommé Ti-Von, est décrite comme joyeuse et insouciante, marquée par l’amour familial et l’humour. Ce récit permet de mieux comprendre les origines des célèbres monologues de Deschamps, comme *Dans ma cour*, écrit en 1971, qui reflètent à la fois son vécu et son esprit critique.

