La chute du nombre d’étudiants internationaux se poursuit dans les universités québécoises
Une situation qui compromet leurs finances, la recherche et l’avenir de certains programmes, soulignent des recteurs..
Plusieurs universités québécoises enregistrent une chute significative du nombre d’étudiants internationaux à l’automne 2026, par rapport à l’automne 2025. Parmi les établissements concernés, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) constate une baisse de 12 %, l’Université de Sherbrooke de 25 %, et l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) de plus de 30 %. Cette tendance, déjà observée l’an dernier, s’aggrave et préoccupe les responsables universitaires. Christian Blanchette, recteur de l’UQTR et président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), qualifie cette situation de majeure et souligne que la tendance se maintient et n’est pas bonne. Le BCI regroupe les 18 universités québécoises et coordonne leurs actions. Les étudiants internationaux représentent une part importante des effectifs dans certaines universités, notamment en région.
La diminution des inscriptions d’étudiants internationaux est liée à des décisions politiques récentes. Le gouvernement du Québec a instauré des plafonds pour limiter l’accès à la résidence permanente des étudiants étrangers, ce qui a entraîné une baisse des demandes de permis d’études dans la province. Ces mesures visent à contrôler l’immigration étudiante, mais elles ont aussi un impact direct sur les universités. Ces dernières, déjà fragilisées par un sous-financement chronique de l’État québécois, voient leurs revenus diminuer. Par exemple, l’UQTR estime perdre 23 millions de dollars sur deux ans en raison de la baisse de ses effectifs internationaux, qui sont passés de 2 500 à 1 500 étudiants. Les droits de scolarité annuels pour ces étudiants s’élèvent à au moins 23 000 dollars par personne.
La chute du nombre d’étudiants internationaux a des répercussions financières directes pour les universités. À l’UQTR, la perte de 1 000 étudiants équivaut à une perte de 23 millions de dollars sur deux ans. L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) subit une baisse de 22 % de ses effectifs internationaux, ce qui a réduit le nombre total d’étudiants dans l’établissement de 500 personnes. Cette situation force les universités à prendre des mesures d’austérité. Par exemple, l’École de technologie supérieure (ÉTS) a dû réduire ses projets d’envergure, limiter les embauches et diminuer le recours aux heures supplémentaires pour équilibrer son budget. Ces choix pourraient, à terme, affecter les services aux étudiants.
Les étudiants internationaux jouent un rôle clé dans la recherche universitaire au Québec. Leur diminution menace la réalisation de projets scientifiques dans des domaines comme la santé, l’aérospatiale ou la cybersécurité. À l’ÉTS, des équipes peinent déjà à recruter des chercheurs pour des projets en défense, et cette difficulté pourrait s’étendre à d’autres secteurs. L’École nationale d’administration publique (ENAP) constate quant à elle une baisse de 60 % de ses étudiants internationaux, passant de 418 à 168. Les responsables soulignent que ces étudiants contribuent activement aux échanges de connaissances et à la diversité des perspectives dans les projets de recherche. Leur absence risque donc de ralentir l’innovation et le rayonnement international des universités.
La baisse des inscriptions d’étudiants internationaux menace la viabilité de certains programmes universitaires, en particulier dans les petites universités. Christian Blanchette, recteur de l’UQTR, craint que des cours ou des programmes ne puissent plus être offerts si le nombre d’étudiants devient trop faible. Il appelle les partis politiques à faire du recrutement d’étudiants internationaux un enjeu électoral prioritaire. Sans ces étudiants, il sera difficile de relever les défis économiques du Québec et du Canada, notamment dans des secteurs innovants qui dépendent de talents internationaux. Blanchette souligne que les étudiants canadiens ne suffiront pas à combler ce manque.
Les responsables universitaires expriment leur inquiétude face à cette situation, qui combine baisse des inscriptions, sous-financement de l’État et restrictions politiques. Kathy Baig, directrice générale de l’ÉTS, indique que des décisions difficiles ont déjà été prises pour préserver l’équilibre budgétaire, mais que des impacts sur les services aux étudiants pourraient survenir si la tendance se poursuit. Christian Blanchette, tout en reconnaissant les efforts pour éviter la fermeture de cours, admet que la situation reste critique. Les universités appellent à une réflexion collective pour trouver des solutions, notamment en soutenant le recrutement d’étudiants internationaux et en renforçant le financement public des établissements.

