Visionner «NAZA», c’est agir
Ce film, en soi, menace le statu quo — entendre ici cette impunité qui permet la mort des civils de Gaza..
Le documentaire NAZA est une œuvre coréalisée par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, coproduite par The Guardian. Il s’appuie sur des entrevues avec des militaires des Forces de défense israéliennes (IDF, aussi appelées Tsahal) ayant participé aux bombardements de Gaza depuis 2023. Le film met en lumière le système de ciblage utilisé par l’IDF, où le terme NAZA désigne les dommages collatéraux, c’est-à-dire les victimes civiles, souvent des femmes et des enfants, associées à des cibles militaires. NAZA est un acronyme hébreu signifiant «dommages collatéraux». Le documentaire montre comment l’IDF, via une intelligence artificielle espionnant les télécommunications de Gaza, établit des probabilités pour identifier des cibles liées au Hamas, puis bombarde ces cibles de nuit, entraînant des pertes civiles massives.
Dès sa première diffusion au Festival international du film de Venise en septembre, NAZA a suscité des réactions politiques virulentes en Israël. Le premier ministre Benjamin Nétanyahou a qualifié le film d’«incitation à l’antisémitisme mondial» et d’«intolérable». Son ministre de la Culture, Miki Zohar, a proposé une enquête sur les réalisateurs et évoqué la possibilité de leur retirer leur citoyenneté israélienne. Le commandant en chef de Tsahal, Eyal Zamir, a comparé le film à une calomnie du sang (blood libel), une accusation historique antisémite. En Israël, la maison des parents de Rachel Szor a été encerclée par des manifestants appelant à sa mise à mort. Les réalisateurs, contraints à l’exil, ne peuvent plus rentrer en Israël pour des raisons de sécurité.
Le film révèle comment le terme NAZA sert à déshumaniser les victimes palestiniennes. Les militaires interviewés expliquent que chaque «cible» peut générer entre 15 et 500 NAZA, c’est-à-dire des civils tués, incluant des femmes et des enfants. Un moment marquant du documentaire montre que le nombre de NAZA autorisés peut dépasser la population totale de Gaza, illustrant l’ampleur des victimes civiles. Les réalisateurs soulignent que ce vocabulaire technique efface l’humanité des victimes, réduites à des statistiques. Le film suggère que ce système pourrait être utilisé comme preuve d’«intentions génocidaires» devant la Cour internationale de justice, où l’intention de détruire un groupe en tout ou en partie est un critère clé pour qualifier un génocide.
Le documentaire expose une forme de «banalité du mal», concept théorisé par la philosophe Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem (1963). Les militaires interviewés décrivent leur rôle comme purement technique, comparant parfois leur interface de bombardement à un jeu vidéo. Ils évoquent un détachement moral, une absence de réflexion critique, et une obéissance aux ordres comme justification de leurs actes. Certains soulignent que leur travail consiste à ne pas penser, mais à exécuter des missions avec efficacité. Cette approche rappelle des mécanismes historiques où des crimes de masse ont été commis par des individus ordinaires, motivés par la carrière, la conformité ou la pression hiérarchique, sans nécessairement manifester une cruauté personnelle.
Le film *NAZA* est présenté comme un outil puissant pour comprendre la réalité des bombardements à Gaza. Les réalisateurs, contraints à l’exil, ont transformé leur œuvre en symbole de résistance face à l’impunité des crimes de guerre. Le documentaire montre que les efforts diplomatiques palestiniens sont perçus par le gouvernement israélien comme des «menaces sécuritaires», renforçant l’idée d’un conflit sans issue. Face à un sentiment d’impuissance face aux horreurs à Gaza, l’article appelle à une action concrète : visionner *NAZA*. Cette démarche est présentée comme un geste simple mais significatif, capable de troubler le statu quo et de révéler la réalité des violences en cours.

