Première à la Mostra d’un documentaire choc sur les «mécanismes de mise à mort» israéliens à Gaza
Dans «NAZA», deux journalistes d’investigation dévoilent les méthodes d’Israël en interrogeant 24 de ses militaires..
Le documentaire NAZA, présenté en première mondiale à la Mostra de Venise le 9 septembre 2026, révèle des témoignages inédits de soldats et officiers israéliens sur les méthodes de ciblage et d’élimination de civils palestiniens à Gaza. Réalisé par les journalistes Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs du documentaire oscarisé No Other Land (2024), le film s’appuie sur des entretiens anonymisés avec 24 membres des services de renseignement israéliens. Ces témoignages, filmés de nuit depuis Tel-Aviv avec des visages et voix modifiés pour protéger leur identité, décrivent l’utilisation systématique de technologies avancées, dont l’intelligence artificielle, pour localiser et frapper des cibles présumées du Hamas, souvent accompagnées de leurs familles. Le public a réservé une standing ovation de 25 minutes à l’issue de la projection, soulignant l’impact émotionnel et politique du film.
Le documentaire NAZA met en lumière l’utilisation par l’armée israélienne de systèmes technologiques sophistiqués pour cibler des civils à Gaza. Parmi ces outils, des logiciels espions permettent d’infiltrer les téléphones portables des habitants, d’écouter leurs conversations en temps réel et de localiser précisément leur position. Les frappes aériennes ne visent plus seulement des combattants, mais des édifices entiers, avec un taux d’erreur estimé à 15% pour les cibles dites « précises ». Le terme NAZA (acronyme hébreu signifiant « nombre de civils censés être tués ») illustre la logique quantitative adoptée : jusqu’à 500 personnes ont pu être tuées dans une seule frappe visant un objectif humain identifié. Ces méthodes s’appuient sur une surveillance de masse des infrastructures de télécommunications palestiniennes, contrôlées par Israël depuis des années, bien avant les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
Les soldats et officiers interrogés dans NAZA décrivent une logique d’annihilation systématique, où la destruction rapide prime sur toute considération humanitaire. L’un d’eux déclare sans équivoque : « Ils abattaient des édifices entiers, ce n’était pas un problème. Il n’y avait pas de problème NAZA. » Un autre compare l’opération à un « jeu », tandis qu’un troisième admet avoir participé à des frappes ayant causé la mort de 500 personnes. Les réalisateurs soulignent que ces militaires, souvent issus d’unités d’élite, minimisent leur responsabilité en se présentant comme de « petits rouages » d’un système. Le film révèle aussi leur conscience aiguë des conséquences de leurs actes, comme l’écoute des derniers instants des victimes via leurs téléphones piratés. Plus de 73 000 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis octobre 2023 selon les estimations, un bilan que le documentaire qualifie de « massacres de masse » en cours.
Le documentaire replace les événements dans le contexte d’une occupation israélienne de Gaza et de la Cisjordanie, marquée par un contrôle omniprésent. Rachel Szor, coréalisatrice, explique que ce contrôle ne se limite pas à une présence militaire ou physique, mais s’étend aux infrastructures technologiques : Israël gère les réseaux de télécommunications palestiniens, permettant une surveillance constante. Ce système, en place bien avant le 7 octobre 2023, a facilité la mise en œuvre de politiques de ciblage algorithmique et de frappes massives. Le film suggère que l’objectif ultime pourrait être de pousser les Gazaouis vers les 30% restants du territoire non contrôlés directement par Israël, voire hors de la bande de Gaza. Les réalisateurs insistent sur le caractère systémique et calculé des violences, où la technologie sert à rationaliser la destruction.
La présentation de *NAZA* à Venise a suscité une forte émotion, avec une ovation debout prolongée, reflétant l’indignation face aux révélations du film. Les réalisateurs, Yuval Abraham (31 ans) et Rachel Szor (32 ans), ont été salués pour leur approche méthodique, mêlant témoignages bruts et images d’archives. Le documentaire s’inscrit dans une série de productions critiques sur le conflit israélo-palestinien, comme *La voix de Hind Rajab* (2025), qui avait également reçu une standing ovation de 23 minutes. *NAZA* pose des questions éthiques et juridiques majeures, notamment sur la responsabilité des militaires, des décideurs politiques et des concepteurs des outils technologiques utilisés. Il alimente aussi le débat international sur les crimes de guerre et les politiques génocidaires, bien que le film se limite à décrire les faits sans prendre position.

