Pourquoi Mark Carney et le rapprochement Canada-UE «historique» séduisent l’Europe
Plusieurs questions restent toutefois en suspens..
L’Union européenne (UE) et le Canada ont annoncé un rapprochement qualifié d’« historique » lors d’un discours de Mark Carney, premier ministre canadien, devant le Parlement européen à Strasbourg le 17 septembre 2026. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a proposé de faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, une notion encore floue juridiquement mais perçue comme un signal fort de coopération renforcée. Ce partenariat s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les tensions avec la Russie, les tensions commerciales avec les États-Unis et la pression économique de la Chine. Les deux blocs, confrontés à des défis similaires, cherchent à diversifier leurs alliances et à renforcer leur résilience. Les échanges commerciaux entre l’UE et le Canada ont déjà augmenté de plus de 80 % entre 2016 et 2025, grâce à l’Accord économique et commercial global Canada-UE (AECG, aussi appelé CETA), signé en 2016.
Le Canada et l’UE partagent des « valeurs communes », selon Mark Carney : respect des droits de la personne, souveraineté des États et intégrité territoriale. Ces valeurs, stables et partagées, contribuent à l’image très positive du Canada en Europe, où le pays est perçu comme un allié fiable. Cette réputation est renforcée par la figure de Mark Carney, décrit comme un leader ayant osé défier Donald Trump, notamment lors d’un discours remarqué à Davos en janvier 2026. Son intervention y avait souligné la nécessité pour les « puissances moyennes » de construire un « nouvel ordre » mondial face aux instabilités géopolitiques. À Strasbourg, son accueil chaleureux, marqué par des applaudissements nourris et des selfies, a confirmé cette popularité. Les eurodéputés européens, comme Damian Boeselager, évoquent une « grande proximité » et une « manière similaire de voir les choses » entre les deux blocs.
La coopération entre le Canada et l’UE ne date pas de 2026. Dès 2016, l’AECG a permis de renforcer les échanges de biens et services, avec une hausse de plus de 80 % entre 2016 et 2025. En 2025, le Canada est devenu le premier pays non européen à rejoindre le programme européen de défense SAFE (Security Action for Europe), marquant une étape supplémentaire dans leur collaboration. Lors de son discours, Mark Carney a proposé d’étendre cette coopération à de nouveaux domaines : intelligence artificielle, sécurité énergétique, minerais critiques, espace et programme Erasmus+. Ces projets visent à renforcer la « prospérité » des populations des deux côtés de l’Atlantique, selon les dirigeants. Nicole Gnesotto, vice-présidente de l’Institut Jacques Delors, qualifie cette alliance de « gagnant-gagnant », soulignant qu’« il ne peut pas y avoir de perdant dans cette affaire ».
Le rapprochement Canada-UE dépasse le cadre institutionnel européen. Mark Carney a rencontré Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel français, pour discuter de souveraineté, pêche, sécurité et énergie. Ce déplacement illustre la volonté du Canada de travailler directement avec les États membres de l’UE, et non uniquement avec Bruxelles. Plusieurs dirigeants européens, comme Pedro Sánchez (Espagne) ou Terry Reintke (Allemagne), ont salué ce partenariat, perçu comme une preuve de la force de l’Europe face aux grandes puissances. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a estimé que les deux blocs étaient « destinés » à resserrer leurs liens. Cependant, les modalités concrètes de cette alliance, notamment le statut de « membre associé », restent à définir.
Malgré l’enthousiasme général, plusieurs questions subsistent. Le terme *« membre associé »* de l’UE, utilisé pour décrire le futur statut du Canada, reste flou sur le plan juridique. Laura Ballarín Cereza, eurodéputée socialiste, souligne l’importance de *« savoir ce que ça signifierait concrètement »*. Jean-Noël Barrot a appelé à un débat approfondi sur ce projet. Par ailleurs, l’application des accords existants, comme l’AECG, pose problème : près de dix ans après sa signature, dix États membres de l’UE ne l’ont toujours pas ratifié. Diya Jiang, chercheuse à l’Université McGill, prévoit des *« points de friction »* et un *« chemin long »* avant un accord définitif. Le prochain sommet UE-Canada, prévu à Montréal les 29 et 30 octobre 2026, sera un moment clé pour concrétiser ce partenariat.

