Les Chroniques de Youssef Hindi #87 – Au-delà de la religion zéro d'Emmanuel Todd
Youssef Hindi reprend et complète la typologie d'Emmanuel Todd sur le nihilisme et développe le concept de religion négative dans son nouveau livre. Au sommaire : 00:00 – Il faut sauver Strategika ! 00:32 – Mon nouveau livre est disponible 01:28 – Le sujet du jour : la « religion zéro » de Todd et ma « religion négative » 02:34 – Comment soutenir mes travaux 03:15 – Le sommaire 04:08 – La thèse de Todd 05:38 – Pourquoi il faut compléter la typologie de Todd 06:14 – Le nihilisme passif et le - Septembre / Religion , Société.
Youssef Hindi publie un nouvel ouvrage dans lequel il développe une réflexion sur le concept de religion négative, en s’appuyant sur les travaux d’Emmanuel Todd. Ce livre s’inscrit dans la continuité de ses Chroniques, une série d’analyses publiées régulièrement sur le site Égalité & Réconciliation. L’auteur y aborde notamment la notion de religion zéro, un terme forgé par Todd pour décrire une société occidentale où les valeurs traditionnelles, notamment religieuses, auraient disparu ou perdu leur influence. Hindi propose d’approfondir cette typologie en introduisant le concept de religion négative, qui désigne selon lui une forme de spiritualité ou de sens collectif qui émerge en réaction à l’effondrement des repères traditionnels. Le livre est présenté comme une contribution à la compréhension des mutations sociétales contemporaines.
Emmanuel Todd, démographe et historien français, a développé une typologie des sociétés modernes en fonction de leur rapport à la religion. Selon lui, l’Occident serait entré dans une phase de religion zéro, où les institutions religieuses traditionnelles (comme l’Église catholique ou protestante) ne jouent plus un rôle central dans la structuration de la société. Todd identifie ce phénomène comme une conséquence de la modernité, de la sécularisation et de l’individualisme croissant. Il souligne que cette absence de repères religieux partagés peut conduire à un vide idéologique, propice à l’émergence de nouvelles formes de radicalisation ou de nihilisme. Cette thèse est au cœur de la réflexion de Todd, qui l’a exposée dans plusieurs de ses ouvrages, dont Où en sommes-nous ? (2017) et La Défaite de la pensée (1987).
Youssef Hindi propose d’enrichir la typologie de Todd en introduisant le concept de religion négative. Contrairement à la religion zéro, qui décrit une absence de spiritualité ou de sens collectif, la religion négative désigne selon lui une forme de spiritualité ou de quête de sens qui émerge en réaction à la désacralisation du monde moderne. Hindi suggère que cette religion négative peut prendre des formes variées, allant de l’adhésion à des mouvements conspirationnistes à la recherche de sens dans des idéologies politiques radicales. Il voit dans ce phénomène une réponse à l’angoisse existentielle générée par la perte des repères traditionnels. Pour Hindi, cette religion négative n’est pas une simple absence de foi, mais une réinvention des croyances en dehors des cadres religieux classiques.
Dans son analyse, Youssef Hindi distingue deux formes de nihilisme : le nihilisme passif et le nihilisme actif. Le nihilisme passif correspond à une forme d’indifférence ou de résignation face à l’absence de sens, où les individus se replient sur eux-mêmes sans chercher à donner un nouveau sens à leur existence. Le nihilisme actif, en revanche, désigne une réaction plus radicale, où les individus ou les groupes cherchent à combler ce vide par des idéologies ou des croyances alternatives, parfois extrêmes. Hindi associe ce dernier à des mouvements politiques ou religieux qui proposent des réponses simplistes à des questions complexes, comme le conspirationnisme ou l’extrémisme. Selon lui, ces deux formes de nihilisme sont des conséquences de la religion zéro décrite par Todd.
Youssef Hindi évoque la dislocation de l’Occident comme une conséquence directe de la religion zéro et du nihilisme. Il décrit cette dislocation comme un processus de fragmentation sociale et politique, où les institutions traditionnelles (famille, Église, État) perdent leur capacité à unifier la société. Dans ce contexte, Hindi utilise la métaphore du Léviathan pour décrire un système politique ou social qui, plutôt que de résoudre les crises, les aggrave en concentrant le pouvoir entre les mains d’une élite ou d’un État autoritaire. Il suggère que cette dislocation est particulièrement visible dans les sociétés occidentales, où les inégalités sociales, les crises identitaires et les conflits politiques se multiplient. Pour Hindi, cette situation appelle à une réflexion sur la nécessité de reconstruire des repères collectifs.
L’article et le livre de Youssef Hindi s’inscrivent dans un contexte politique et social marqué par des crises multiples : montée des populismes, polarisation des débats, perte de confiance dans les institutions traditionnelles et émergence de mouvements conspirationnistes. Le 30 septembre 2026, date de publication de l’article, correspond à une période où ces enjeux sont particulièrement visibles en France et en Europe. Hindi souligne que sa réflexion vise à comprendre comment ces dynamiques peuvent être analysées à travers le prisme de la *religion zéro* et de la *religion négative*. Il propose ainsi une grille de lecture pour décrypter les transformations sociétales contemporaines, en mettant l’accent sur le rôle des croyances et des idéologies dans la structuration des sociétés modernes.

