Pour lutter contre le cancer du poumon, des scientifiques misent sur… un vermifuge
Un vermifuge bon marché, le mébendazole, associé au géfitinib, a freiné des cellules de cancer du poumon devenues résistantes à ce traitement ciblé, et ralenti la croissance de tumeurs chez la souris. The post Pour lutter contre le cancer du poumon, des scientifiques misent sur… un vermifuge appeared first on Science et vie..
Des chercheurs internationaux ont découvert qu’associer un vermifuge, le mébendazole, à un traitement anticancéreux classique, le géfitinib, pourrait freiner la progression du cancer du poumon. Le mébendazole est un médicament bon marché utilisé contre les vers parasites intestinaux, tandis que le géfitinib est un traitement ciblé prescrit pour certains cancers du poumon dits « non à petites cellules ». Ces cancers représentent environ 85 % des cas de cancer du poumon et sont souvent liés à une mutation génétique qui active en permanence un signal de croissance dans les cellules tumorales. L’étude, publiée le 8 octobre 2026 dans la revue PLOS One, a été menée par une équipe internationale incluant des chercheurs des Émirats arabes unis, de l’Inde et du Royaume-Uni. L’objectif était de trouver une solution face à la résistance des cellules cancéreuses au géfitinib, un phénomène fréquent où les tumeurs apprennent à contourner l’effet du médicament.
Le géfitinib agit en bloquant un signal de croissance anormal dans les cellules cancéreuses, mais celles-ci développent souvent une résistance à ce traitement. Le mébendazole, quant à lui, perturbe l’échafaudage interne des cellules, appelé microtubules, essentiel à leur division. En combinant ces deux médicaments, les chercheurs visaient à attaquer le cancer par deux fronts distincts. Dans des expériences en laboratoire, après 72 heures de traitement, le géfitinib seul laissait en vie environ 93 % des cellules résistantes, tandis que le mébendazole seul en épargnait 80 %. Ensemble, les deux molécules réduisaient ce taux à 38 %, un résultat comparable à une dose cinq fois plus forte de mébendazole utilisée seule. De plus, les cellules traitées présentaient davantage de cassures dans leur ADN, signe d’un stress accru.
Pour évaluer l’efficacité de cette combinaison, les chercheurs ont greffé des cellules cancéreuses humaines résistantes au géfitinib sous la peau de souris, divisées en groupes de huit. Pendant 40 jours de traitement, les tumeurs non traitées doublaient de volume en 6,2 jours. Avec le mébendazole seul, ce délai passait à 10,3 jours, et avec le géfitinib seul à 15,5 jours. En revanche, avec l’association des deux médicaments, la croissance tumorale était fortement ralentie, avec un doublement du volume tumoral en 25 jours. À la fin de l’expérience, les tumeurs des souris non traitées avaient grossi environ dix fois, contre moins de cinq fois chez celles ayant reçu la combinaison. Les souris traitées n’ont perdu que 2 à 3 % de leur poids de manière temporaire, ce qui suggère une bonne tolérance globale.
L’un des atouts majeurs de cette approche est que le mébendazole se prend par voie orale et semble mieux toléré que d’autres molécules agissant sur l’échafaudage cellulaire. Les chercheurs soulignent que la résistance aux médicaments ne rend peut-être pas les cellules cancéreuses invulnérables, mais pourrait révéler des faiblesses exploitables. Cependant, plusieurs questions restent en suspens. Les scientifiques ignorent si le mébendazole rend à nouveau le géfitinib efficace ou s’il ajoute simplement des dommages aux cellules. De plus, l’absorption du mébendazole varie d’une personne à l’autre, ce qui complique le dosage. Une perte de poids limitée chez les souris ne suffit pas à garantir l’innocuité pour les organes humains. Enfin, cette étude ne porte que sur un seul modèle de cancer, et les tumeurs n’ont pas disparu.
Avant d’envisager une application chez l’humain, les chercheurs doivent approfondir leurs travaux. Les prochaines étapes incluent tester la combinaison sur d’autres lignées cellulaires résistantes et sur des tumeurs prélevées directement chez des patients. L’équipe souhaite également explorer si cette stratégie fonctionne contre la résistance à l’*osimertinib*, un traitement plus récent de la même famille que le *géfitinib*. Le cancer du poumon reste une maladie redoutable, responsable de 1,8 million de décès dans le monde en 2020. Redonner une seconde vie à des médicaments anciens, comme le *mébendazole*, fait partie des pistes innovantes pour lutter contre cette maladie. Les résultats actuels, bien que prometteurs, restent préliminaires et nécessitent des recherches supplémentaires avant toute application clinique.

