Des « refuges climatiques » pour supporter la chaleur : le pari réussi de Barcelone
Barcelone mise sur un réseau de 500 refuges climatiques pour permettre à ses habitants de trouver gratuitement fraîcheur et lien social. Un dispositif essentiel encore loin d'être généralisé dans le pays.
Barcelone, comme de nombreuses grandes villes méditerranéennes, subit de plus en plus fréquemment des vagues de chaleur intenses et prolongées en raison du changement climatique. Ces épisodes, qui deviennent plus fréquents et plus sévères, posent des défis majeurs pour la santé publique, notamment pour les populations vulnérables comme les personnes âgées, les enfants ou les personnes souffrant de maladies chroniques. La ville a enregistré des températures dépassant régulièrement les 40 °C en été, un seuil considéré comme dangereux pour la santé humaine. Face à cette situation, les autorités locales ont dû repenser leur approche pour protéger les habitants et limiter les risques liés à ces îlots de chaleur urbains, des zones où les températures sont significativement plus élevées qu’en périphérie en raison de l’activité humaine, des matériaux de construction et du manque de végétation.
Pour répondre à ce défi, la mairie de Barcelone a mis en place un réseau de refuges climatiques, des espaces publics ou privés climatisés ou ombragés où les habitants peuvent se réfugier temporairement pour échapper à la chaleur extrême. Ces refuges, au nombre de 200 en 2023, sont répartis dans toute la ville et incluent des bibliothèques, des centres culturels, des centres commerciaux, des parcs et même des stations de métro. L’objectif est de garantir que chaque quartier dispose d’au moins un refuge accessible à moins de 300 mètres de marche pour les personnes les plus fragiles. Les refuges sont ouverts au public pendant les heures les plus chaudes de la journée, généralement entre 12h et 18h, et certains fonctionnent même la nuit lors des canicules les plus intenses.
Les refuges climatiques de Barcelone doivent respecter des critères stricts pour être labellisés. Ils doivent offrir une température intérieure inférieure à 26 °C, disposer d’un accès gratuit ou à faible coût, et être accessibles aux personnes à mobilité réduite. Les espaces sont choisis en fonction de leur fréquentation, de leur capacité à accueillir du public et de leur localisation dans des zones densément peuplées ou exposées à des températures élevées. La ville a également mis en place un système de signalétique pour guider les habitants vers les refuges les plus proches, via des panneaux indicateurs et une application mobile dédiée. En 2023, plus de 500 000 personnes ont utilisé ces refuges pendant les vagues de chaleur, selon les données officielles.
Le projet des refuges climatiques est porté par la mairie de Barcelone, en collaboration avec des associations locales, des entreprises privées et des institutions publiques. Le budget alloué à ce programme s’élève à 10 millions d’euros entre 2020 et 2023, financés en partie par des fonds européens et des subventions nationales. Les entreprises locales, notamment celles du secteur de l’énergie et de la construction, sont encouragées à participer en offrant des espaces climatisés ou en installant des systèmes de rafraîchissement dans leurs locaux. La ville a également signé des partenariats avec des supermarchés et des centres commerciaux pour ouvrir leurs espaces au public pendant les canicules, en échange de visibilité et de soutien logistique.
Depuis leur mise en place, les refuges climatiques ont permis de réduire significativement les risques sanitaires liés aux vagues de chaleur à Barcelone. Une étude menée par l’Agence de santé publique de Catalogne en 2022 a montré une baisse de 30 % des admissions aux urgences pour coups de chaleur ou déshydratation pendant les périodes de canicule par rapport aux années précédentes. Cependant, des défis persistent, notamment en termes d’équité d’accès, car certains quartiers défavorisés ou périphériques restent moins bien desservis. La mairie prévoit d’étendre le réseau à 300 refuges d’ici 2025 et d’intégrer des solutions supplémentaires comme des fontaines à eau potable, des espaces verts ombragés et des systèmes de ventilation naturelle dans les bâtiments publics. L’objectif est de rendre la ville plus résiliente face aux effets du réchauffement climatique d’ici 2030.

