On savait que les pieuvres étaient incroyablement intelligentes. Mais pas au point d'avoir un « cerveau » dans chaque bras
Un poulpe déroute par sa façon de bouger, souple, ondulante, sans le moindre os pour guider le geste. Pourtant, son cerveau central ne dicte pas tout.
Les pieuvres sont reconnues depuis longtemps pour leur intelligence exceptionnelle parmi les invertébrés, un groupe d’animaux sans colonne vertébrale. Elles possèdent des capacités cognitives comparables à celles de certains mammifères, comme la résolution de problèmes, l’utilisation d’outils ou la reconnaissance individuelle. Par exemple, elles peuvent ouvrir des bocaux pour accéder à de la nourriture, une compétence rare dans le règne animal. Cette intelligence s’explique en partie par leur système nerveux complexe, bien que différent de celui des vertébrés. Jusqu’à présent, une idée reçue persistait : celle d’un « cerveau » autonome dans chaque bras des pieuvres, capable de prendre des décisions indépendamment du reste du corps.
Une étude récente a permis de clarifier cette croyance en démontrant que les pieuvres ne possèdent pas de cerveau distinct dans chacun de leurs huit bras. Leur système nerveux est en réalité centralisé dans une masse cérébrale principale située près de la tête, appelée ganglion cérébral. Chaque bras contient des ganglions nerveux, des regroupements de neurones qui contrôlent les mouvements locaux et les réflexes, mais ces structures ne forment pas un cerveau à part entière. Elles agissent comme des centres de commande locaux, coordonnés par le ganglion cérébral. Cette organisation permet aux pieuvres d’effectuer des tâches complexes, comme ramper ou manipuler des objets, même si leur cerveau principal est endommagé ou retiré.
Le système nerveux des pieuvres est unique dans le monde animal. Environ deux tiers de leurs neurones, les cellules nerveuses responsables de la transmission des informations, sont répartis dans leurs bras. Ces neurones permettent aux bras de réagir rapidement à des stimuli, comme toucher un objet ou éviter un danger, sans nécessiter l’intervention directe du cerveau central. Par exemple, un bras peut explorer un environnement et identifier une proie, puis transmettre l’information au ganglion cérébral pour une prise de décision globale. Cette répartition des neurones offre une grande autonomie aux bras tout en maintenant une coordination centrale, optimisant ainsi l’efficacité et la rapidité des actions.
Cette découverte remet en question certaines théories sur l’évolution de l’intelligence chez les céphalopodes, une classe d’animaux marins incluant les pieuvres, les calmars et les seiches. Elle montre que leur intelligence ne provient pas d’une décentralisation extrême du système nerveux, mais plutôt d’une combinaison de structures locales et d’un contrôle centralisé. Les chercheurs soulignent que cette organisation pourrait inspirer des avancées technologiques, notamment en robotique, où des systèmes décentralisés pourraient améliorer l’autonomie des machines. L’étude a été publiée en *août 2026* et marque une étape importante dans la compréhension des mécanismes cognitifs des invertébrés.

