Un assistant familial est-il prioritaire pour adopter l'enfant qu'il accueille ? Par Sylvain Bouchon, Avocat.
La Loi institue une priorité pour qu'un assistant familial adopte un enfant pupille de l'Etat qu'il accueille. Toutefois, cette priorité ne donne pas un droit absolu à l'assistant familial par rapport aux candidats agréés.
Un assistant familial est une personne agréée par les services départementaux pour accueillir à son domicile, de manière permanente et rémunérée, un enfant ou un jeune majeur de moins de 21 ans qui ne peut plus vivre avec sa famille. Ce statut, encadré par le Code de l’action sociale et des familles (CASF), permet à l’enfant de bénéficier d’un environnement stable et sécurisant. L’assistant familial agit sous la supervision des services sociaux et peut, dans certains cas, envisager une adoption de l’enfant qu’il accueille. Cette situation soulève des questions juridiques complexes, notamment sur les priorités d’adoption entre les familles d’accueil et les candidats extérieurs.
En France, l’adoption d’un enfant placé en famille d’accueil est encadrée par l’article 353 du Code civil. Cet article stipule que l’enfant doit être déclaré adoptable par un tribunal, après une évaluation de sa situation familiale et de son intérêt supérieur. Une fois cette déclaration prononcée, les services sociaux recherchent une famille adoptive. Cependant, l’article 353 précise aussi que l’assistant familial qui a accueilli l’enfant pendant au moins un an peut, sous conditions, être prioritaire pour son adoption. Cette priorité vise à préserver la stabilité affective de l’enfant, déjà attaché à son environnement familial d’accueil. La loi ne garantit pas automatiquement cette priorité, mais elle la facilite.
Pour que l’assistant familial puisse bénéficier de cette priorité, plusieurs conditions doivent être remplies. D’abord, l’enfant doit avoir été accueilli pendant au moins douze mois consécutifs par le même assistant familial. Ensuite, ce dernier doit avoir obtenu un agrément spécifique pour l’adoption, distinct de son agrément d’accueil. Enfin, le tribunal doit considérer que l’adoption par l’assistant familial est conforme à l’intérêt de l’enfant. Ces critères visent à éviter les décisions arbitraires et à protéger l’enfant des changements brutaux d’environnement. En pratique, cette priorité est souvent contestée par d’autres candidats à l’adoption, ce qui peut entraîner des procédures judiciaires longues.
La question de la priorité de l’assistant familial pour l’adoption de l’enfant qu’il accueille soulève des débats parmi les professionnels du droit et de la protection de l’enfance. Certains estiment que cette priorité est justifiée par la continuité affective et éducative qu’elle offre à l’enfant, tandis que d’autres y voient une atteinte au principe d’égalité entre les candidats à l’adoption. Les services sociaux et les tribunaux doivent alors évaluer chaque situation au cas par cas, en tenant compte des besoins spécifiques de l’enfant. Par exemple, si l’enfant a tissé des liens forts avec son assistant familial, une adoption par ce dernier peut être préférable à une adoption par une famille inconnue. À l’inverse, si l’enfant exprime un désir de retrouver sa famille biologique, cette priorité peut être écartée.
Lorsque l’assistant familial souhaite adopter l’enfant qu’il accueille, il doit déposer une demande auprès du *tribunal judiciaire* compétent. Cette demande est généralement accompagnée d’un rapport des services sociaux évaluant la situation de l’enfant et les motivations de l’assistant familial. Le tribunal examine alors si l’adoption par l’assistant familial est conforme à l’intérêt de l’enfant, en tenant compte de son histoire, de ses liens affectifs et de ses besoins. Si le tribunal donne son accord, l’adoption est prononcée et l’enfant devient juridiquement l’enfant de l’assistant familial. En cas de refus, l’enfant peut être proposé à d’autres familles adoptives. Cette procédure peut prendre plusieurs mois, voire des années, en fonction de la complexité du dossier.

