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Des passionnés luttent pour sauver une ancienne briqueterie patrimoniale de l’oubli

ICI Radio-Canada · mis à jour 21 sept.

Depuis 2019, le site historique national est fermé au public pour des raisons de sécurité..

Une briqueterie historique

La Briqueterie-de-Claybank, située à environ 100 kilomètres au sud-ouest de Regina en Saskatchewan, est un site historique national du Canada. Elle a été désignée ainsi car elle représente un exemple exceptionnellement bien conservé d’un complexe industriel de production de briques du début du XXe siècle, avec toutes ses structures et équipements d’origine intacts entre 1912 et 1937. Le site inclut des machines encore fonctionnelles aujourd’hui. Parcs Canada souligne que ce patrimoine industriel est rare, car il conserve l’ensemble des éléments clés d’une usine de briques de cette époque, comme les fours, les séchoirs et les ateliers de production. Ces briques, dites réfractaires, résistent à des températures extrêmes de 1800°C, ce qui les rendait essentielles pour les industries ferroviaire, métallurgique et énergétique de l’époque.

Un passé industriel majeur

Entre 1914 et 1989, la briqueterie a produit des briques réfractaires utilisées dans des secteurs stratégiques, comme les fours à charbon et les industries lourdes. Ces briques ont même trouvé leur place dans des projets emblématiques : elles ont servi à la construction de la tour centrale du Château Frontenac à Québec et ont été employées dans les rampes de lancement des fusées de la NASA. L’usine employait des centaines de travailleurs et a marqué l’histoire économique de la région. Sa fermeture définitive en 1989, due à une réduction des effectifs, a marqué la fin d’une ère pour ce site industriel. Aujourd’hui, ces réalisations passées soulignent l’importance historique et technique de la briqueterie, bien que son état actuel contraste fortement avec son héritage.

Abandon et fermeture

Depuis 2017, le gouvernement provincial de la Saskatchewan a cessé de financer l’entretien du site, faute de budget. En 2019, des ingénieurs ont jugé que les bâtiments n’étaient plus sécuritaires pour les visiteurs, entraînant la fermeture officielle du site au public. La pandémie de COVID-19 en 2020 a prolongé cette fermeture, et six ans plus tard, en 2026, le site reste inaccessible en raison des risques pour la sécurité et des coûts élevés des assurances. Pourtant, avant sa fermeture, la briqueterie attirait entre 1 000 et 1 800 visiteurs par an lors des Journées du patrimoine. Aujourd’hui, seul l’ancien dortoir des employés, transformé en petit musée, est accessible, abritant des artefacts récupérés sur le site.

Des bénévoles engagés

Malgré l’abandon du site, une poignée de bénévoles, réunis au sein de la Société historique de la briqueterie de Claybank, s’efforcent de préserver ce patrimoine. Parmi eux, Dan Flegel, ancien employé de l’usine, et Bobbie Machmer, membre active depuis 1995, mènent des actions de nettoyage, d’entretien et de documentation. Dan Flegel, qui travaillait autrefois sur place, décrit un sentiment de déchirement en voyant l’état actuel des lieux, comparant la situation à un « petit Titanic qui s’enfonce petit à petit ». Ces bénévoles documentent également l’écosystème local, recensant 99 espèces de plantes indigènes, 121 espèces d’oiseaux et collaborant avec le Musée royal de la Saskatchewan pour étudier les insectes associés à ces plantes.

Un patrimoine en péril

Bobbie Machmer craint que la briqueterie ne tombe dans l’oubli si les bâtiments continuent de se dégrader. Elle souligne que, sans visibilité depuis l’autoroute, le site pourrait disparaître de la mémoire collective. Les bénévoles estiment que certains secteurs pourraient être rouverts au public en toute sécurité, mais le gouvernement provincial n’a pas encore donné son accord. Machmer propose même une solution alternative : privatiser le site pour permettre sa restauration, avec l’aide de la communauté locale. Elle insiste sur le potentiel du lieu, tant pour l’histoire que pour la biodiversité, et rappelle que des milliers de visiteurs s’y pressaient autrefois.

Ce que ça pourrait changer

La découverte de l’argile blanche qui a donné naissance à la briqueterie remonte à une légende locale. En 1886, Tom McWilliams, un éleveur de la région, aurait utilisé un télescope pour retrouver ses vaches égarées et aurait remarqué une lueur d’argile blanche au loin. Cette argile, d’une qualité exceptionnelle, a conduit à la création de l’usine en 1912. Aujourd’hui, le télescope utilisé par McWilliams est conservé comme un artefact symbolique de cette histoire. Les bénévoles de la Société historique étudient également les origines du site avant 1883, cherchant à reconstituer son passé avant l’arrivée de l’industrie.

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