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L’hospitalisation à domicile : guérir chez soi grâce à la technologie

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 18 j

Des patients du CHU général juif, à Montréal, reçoivent des soins virtuels, à la maison..

Concept clé

L’hospitalisation à domicile est un modèle médical où des patients souffrant de problèmes de santé aigus, comme une insuffisance cardiaque ou une infection pulmonaire sévère, poursuivent leur traitement chez eux plutôt que dans un hôpital. Ce concept, lancé en 2022 au Centre hospitalier universitaire (CHU) général juif de Montréal, permet de libérer des lits hospitaliers tout en offrant des soins intensifs à distance. Le programme a été mis en place en urgence pendant une vague de COVID-19, avec une équipe de 70 personnes travaillant 16 heures par jour pendant un week-end pour le lancer. Aujourd’hui, il prend en charge une quarantaine de pathologies et suit entre 10 et 20 patients simultanément.

Critères d’admission

Pour intégrer le programme, le patient doit résider à moins de 50 kilomètres de l’hôpital afin de pouvoir y revenir rapidement en cas d’urgence, notamment grâce à un partenariat avec Urgences-santé, le service d’urgence médical au Québec. Avant de quitter l’hôpital, une infirmière comme Donna-Sue Kernohan leur apprend à mesurer leurs signes vitaux, comme la température ou la pression artérielle, à l’aide d’outils simples (thermomètre, tensiomètre) ou de capteurs électroniques sans fil, comme des timbres adhésifs placés sur le thorax. Ces dispositifs transmettent en temps réel des données comme le rythme cardiaque ou la saturation en oxygène à l’équipe soignante. Une tablette numérique permet aussi des consultations quotidiennes avec les médecins ou infirmières.

Technologies utilisées

Les patients sont équipés de matériel médical connecté, comme des capteurs sans fil ou des tensiomètres électroniques, qui envoient des données directement aux soignants. Une tablette numérique sert de lien pour les rendez-vous virtuels avec les professionnels de santé. Pour les analyses sanguines, une infirmière du CLSC (Centre local de services communautaires, un réseau de soins de première ligne au Québec) se déplace au domicile, puis un coursier transporte les échantillons au laboratoire de l’hôpital. Si un examen plus complexe est nécessaire, comme un scan ou une biopsie, un chauffeur accompagne le patient à l’hôpital et le ramène ensuite chez lui.

Bénéfices pour les patients

Les patients hospitalisés à domicile bénéficient d’un environnement plus confortable, ce qui améliore leur sommeil et leur appétit, favorisant ainsi une récupération plus rapide. Selon des sondages du CHU général juif, la grande majorité des participants estime se rétablir plus vite chez eux que dans un lit d’hôpital. Par exemple, Jacques Zrihen, un patient cardiaque, témoigne avoir pu reprendre ses habitudes et être entouré de sa famille, ce qui a accéléré sa guérison. Cependant, ce modèle repose sur l’implication des proches, appelés aidants naturels, qui doivent être volontaires et informés des risques potentiels.

Défis et réticences

Certains médecins, comme le cardiologue Lawrence Rudski, ont initialement hésité à adopter ce modèle par crainte des risques, préférant un contrôle total au chevet du patient. Cependant, il reconnaît que les avantages pour les patients, comme un meilleur moral et une récupération plus rapide, justifient ce changement. Le succès du programme dépend aussi de la coordination entre les différents acteurs : infirmières, médecins, CLSC et services d’urgence. Les proches jouent un rôle clé, mais leur participation reste volontaire et doit être évaluée avec réalisme pour éviter des situations de surcharge.

Expansion au Canada

Le modèle d’hospitalisation à domicile, inspiré par des initiatives américaines, se développe au Canada. À Calgary, la Dre Michelle Grinman a lancé un programme similaire dès 2018, soulignant que certains soins sont plus sécuritaires à domicile qu’à l’hôpital. Elle cite notamment la perte de 5 % de masse musculaire par jour chez les personnes âgées alitées, un risque évité en restant chez soi. Face aux résultats positifs, le gouvernement québécois a investi dans ce type de projets, notamment dans le Grand Montréal et la région de la Capitale-Nationale, avec l’objectif de réduire la pression sur les hôpitaux.

Ce que ça pourrait changer

Le CHU général juif de Montréal, dirigé par Erin Cook (alors directrice de l’innovation en 2022), a été un pionnier en mettant en place ce programme en urgence. Aujourd’hui, des figures comme le cardiologue Lawrence Rudski ou la pneumologue Nathalie Saad assurent le suivi des patients à distance. Les infirmières comme Donna-Sue Kernohan, sortie de retraite pour ce projet, jouent un rôle central dans l’éducation des patients et la coordination des soins. L’enjeu principal reste l’adaptation du système de santé à ce nouveau modèle, alors que la population vieillit et que les capacités hospitalières sont limitées.

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