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Généraliste

La réponse américaine aux contre-tarifs se révèle modeste aux yeux des experts

Le Devoir · mis à jour 10 sept.

À bien y regarder, les nouvelles représailles des États-Unis pourraient être plus retenues qu’il n’y paraît..

Guerre commerciale Canada-États-Unis

Les États-Unis et le Canada sont engagés dans une guerre commerciale depuis que Washington a imposé en avril 2025 des tarifs douaniers (taxes à l'importation) d'une valeur de 28 milliards de dollars sur les exportations canadiennes. En réponse, Ottawa a annoncé des contre-tarifs équivalents, ciblant des produits américains. Cette escalade s'inscrit dans un conflit plus large où chaque pays tente de protéger ses industries, mais avec des moyens très inégaux. Le Canada, dont l'économie est 13 fois plus petite que celle des États-Unis, ne peut se permettre une guerre prolongée. Les experts soulignent que les représailles canadiennes visaient davantage à montrer une fermeté symbolique qu'à provoquer une crise durable. Les deux pays semblent donc chercher à limiter l'impact économique tout en affichant une posture de résistance.

Réponse américaine mesurée

Les États-Unis ont réagi rapidement aux contre-tarifs canadiens en annonçant de nouveaux droits de douane, mais ces mesures se révèlent finalement modestes selon les experts. Les nouveaux tarifs concernent 110 produits canadiens (matériaux de construction, produits du bois, papier, etc.) pour une valeur totale de 1,85 milliard de dollars en 2025. Cependant, Washington a simultanément retiré de sa liste noire une dizaine de produits canadiens (ciment, panneaux électriques, sucre, etc.) d'une valeur de 1,73 milliard de dollars. Le solde net de ces ajustements est donc très faible, estimé à seulement 120 millions de dollars. Par ailleurs, l'interdiction d'importer de l'alcool canadien, qui pourrait coûter environ 1 milliard de dollars aux producteurs canadiens, s'ajoute à ces mesures. Malgré ces tensions, les économistes estiment que l'impact global sur l'économie canadienne sera limité à court terme.

Secteurs les plus touchés

Les nouveaux tarifs américains ciblent principalement des secteurs industriels et agricoles canadiens déjà fragilisés. Les matériaux de construction, les produits du bois et certains types de papier représentent ensemble des exportations annuelles de 1,85 milliard de dollars. À l'inverse, le retrait de produits comme le ciment ou le sucre de la liste des tarifs allège légèrement la pression sur ces filières. L'industrie agroalimentaire, notamment les producteurs de lait et les fabricants de motocyclettes, est également concernée par des restrictions supplémentaires. Cependant, certains produits comme l'alcool, déjà soumis à des tarifs de 50 % avant cette crise, étaient déjà peu compétitifs sur le marché américain. Les experts notent que ces mesures, bien que symboliques, pourraient peser sur des régions comme le Québec et l'Ontario, où ces industries sont bien implantées.

Stratégie canadienne de résilience

Face à la puissance économique américaine, le Canada mise sur une stratégie en deux temps pour atténuer les effets de cette guerre commerciale. D'abord, Ottawa a adopté une approche pragmatique en limitant ses contre-mesures à des ajustements ciblés, évitant ainsi une escalade coûteuse. Ensuite, le gouvernement canadien cherche à diversifier ses partenariats économiques. Le premier ministre Mark Carney annoncera prochainement un sommet à Toronto pour mobiliser 1 000 milliards de dollars d'investissements étrangers sur cinq ans. Parallèlement, il se rendra en Europe pour renforcer les liens avec l'Union européenne (UE), un marché moins dépendant des États-Unis. Cette double démarche vise à réduire la vulnérabilité du Canada face à son voisin et à préparer l'économie à d'éventuelles nouvelles tensions commerciales.

Contexte politique américain

La réponse américaine aux contre-tarifs canadiens pourrait aussi s'expliquer par des considérations politiques internes. À l'approche des élections de mi-mandat (novembre 2025), le président Donald Trump et son parti républicain font face à une opinion publique de plus en plus réticente à l'idée d'une guerre commerciale, surtout avec un pays perçu comme inoffensif comme le Canada. Les experts notent que Trump a rapidement retiré certains produits de sa liste de tarifs, comme s'il cherchait à apaiser les tensions. Par ailleurs, des pressions locales, notamment dans des États républicains, pourraient expliquer pourquoi des menaces contre des entreprises canadiennes comme Bombardier ont été abandonnées. Cependant, les observateurs restent prudents, car le président américain a montré par le passé une capacité à changer brusquement de stratégie.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les apparences d'une escalade commerciale, les économistes s'accordent à dire que les conséquences économiques de cette guerre tarifaire resteront limitées à court terme. Les nouveaux tarifs américains, estimés à 1,8 milliard de dollars, sont en grande partie compensés par le retrait d'autres produits de la liste noire, réduisant l'impact net à environ 120 millions de dollars. Les secteurs les plus touchés, comme le bois ou l'alcool, représentent des parts marginales de l'économie canadienne. De plus, les entreprises canadiennes pourraient s'adapter en diversifiant leurs débouchés ou en augmentant leurs exportations vers d'autres marchés. Enfin, la Banque TD et la Banque Royale estiment que la croissance économique canadienne ne devrait pas être significativement affectée par ces mesures, même si certains producteurs locaux pourraient subir des pertes temporaires.

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