Disparitions au Mexique : le gouvernement reconnaît l’implication des autorités municipales
Devant l’ONU, le gouvernement mexicain a reconnu l’implication des autorités municipales dans certaines disparitions forcées. Cent trente mille personnes sont portées disparues dans le pays.
Le Mexique fait face à une crise majeure des disparitions forcées, un phénomène où des personnes sont enlevées contre leur gré, souvent avec la complicité ou l'implication d'acteurs publics ou criminels. Selon les données officielles, près de 130 000 personnes sont portées disparues dans le pays, un chiffre qui illustre l'ampleur du problème. Cette situation a été au cœur des débats lors de la troisième commission du Comité des Nations unies contre les disparitions forcées (CED), une instance internationale chargée de surveiller l'application de la Convention internationale pour la protection des personnes contre les disparitions forcées. Le Mexique, où ces crimes étaient historiquement liés aux plus hautes sphères du pouvoir politique, voit aujourd'hui une partie de ces actes commis par des groupes criminels ou, dans certains cas, par des autorités locales, comme l'a reconnu Arturo Medina Padilla, sous-secrétaire aux droits humains du gouvernement mexicain, lors d'une réunion à l'ONU le 20 octobre 2025.
Pour la première fois, un représentant du gouvernement mexicain, Arturo Medina Padilla, a publiquement admis l'implication des autorités municipales dans des cas de disparition forcée. Cette déclaration, rapportée par le quotidien El País Mexico, marque un changement de discours puisque l'exécutif mexicain avait jusqu'alors minimisé cette réalité. Medina Padilla a précisé que ces crimes, autrefois ordonnés par le pouvoir politique national, sont désormais principalement commis par des groupes criminels, avec une participation occasionnelle de fonctionnaires locaux. Cette reconnaissance intervient après des mois de tensions entre le Mexique et le CED, que le gouvernement accusait de vouloir « faire dérailler » ses efforts. Pourtant, cette admission pourrait ouvrir la voie à une meilleure collaboration entre les autorités et les organisations de défense des droits humains.
Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées (CED) a salué les efforts du Mexique dans la recherche et la localisation des personnes disparues. En 2026, les autorités fédérales ont annoncé avoir retrouvé 16 000 victimes, un chiffre qui témoigne d'une mobilisation accrue. Cependant, le CED a appelé à renforcer la coordination avec les organisations internationales pour améliorer ces résultats. Malgré ces avancées, le Mexique refuse toujours d'appliquer l'article 34 de la Convention internationale, un mécanisme d'alerte et de coopération internationale qui permettrait de qualifier les disparitions de « systématiques » et d'activer une réponse coordonnée. Juan Pablo Albán, président du CED, a défendu l'utilité de ce comité pour lutter contre ce fléau, malgré le rejet des autorités mexicaines.
Cette reconnaissance de l'implication des autorités municipales intervient dans un contexte politique marqué par la présidence de Claudia Sheinbaum, membre du parti *Morena* (gauche). Depuis son arrivée au pouvoir, son gouvernement a été critiqué pour sa gestion de la crise des disparitions, notamment pour son opposition répétée aux recommandations du CED. Le Mexique, qui compte près de 130 000 disparus, est sous pression internationale pour améliorer ses méthodes de recherche et de protection des droits humains. Les organisations locales, comme le collectif *Guerreros Buscadores*, continuent de jouer un rôle clé en documentant les cas et en sensibilisant l'opinion publique, comme en témoigne la photo de Maria Guadalupe Camarena prise lors d'une manifestation à Guadalajara en avril 2026.

