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La musique électronique de Rone attire-t-elle vraiment les baleines ? Un bioaccousticien décrypte l'enquête entre art et éthologie du film La Baleine et le Musicien

Science & Vie · mis à jour il y a 28 j

De nombreux cas d’interactions entre humains et cétacés à travers la musique ont été observés. Des navigateurs en ont filmé, des artistes ont même proposé des performances musicales à destination des baleines.

Film et questionnement artistique

Le film La Baleine et le Musicien, sorti en juin 2026, explore la possibilité de communiquer avec les baleines à travers la musique, en particulier celle du compositeur français Rone. Réalisé par Valentin Paoli, ce documentaire interroge notre désir de connexion avec d’autres espèces et les limites éthiques de telles interactions. Il met en lumière les effets potentiels de la musique sur les cétacés, tout en soulignant les dangers des sons anthropiques (d’origine humaine) pour ces animaux marins. Le film s’appuie sur des vidéos virales montrant des baleines semblant réagir à la musique de Rone, suscitant des débats sur la sensibilité musicale des cétacés et la légitimité de ces expérimentations artistiques.

Bioacoustique et perception sonore

Les cétacés, comme les baleines à bosse, utilisent la communication acoustique pour toutes leurs activités vitales, avec un contrôle précis de leurs sons. Leur système auditif, similaire au nôtre, inclut une cochlée (partie de l’oreille interne transformant les vibrations en signaux nerveux) et un nerf auditif. Des études récentes, dont une publiée en 2025 dans Current Biology, ont confirmé leur sensibilité auditive en mesurant leurs réactions à des sons variés. Les baleines à bosse et les humains partagent ainsi une capacité à percevoir et analyser les sons, ouvrant la voie à des échanges sonores inter-espèces. Cependant, les sons humains en mer, reconnus comme une pollution sonore par la Commission européenne depuis 2008, perturbent gravement les cétacés.

Musique versus bruit : distinctions scientifiques

La musique se distingue du bruit par des descripteurs spécifiques (rythme, mélodie, harmonie) et son impact émotionnel unique. Les neurosciences montrent que le cerveau traite la musique différemment de la parole ou des bruits : des aires cérébrales dédiées, comme celles liées à la mémoire musicale, sont activées. Certaines personnes souffrant d’amusie (incapacité à percevoir la musique) peuvent pourtant comprendre la parole, illustrant cette séparation. Chez les cétacés, des études, comme celles menées à l’Université de Padoue en 2022, ont révélé que la musique classique pouvait augmenter les comportements affiliatifs (contacts doux, synchronisation) chez des dauphins captifs. Ces résultats suggèrent une sensibilité musicale partagée avec les humains.

Expériences artistiques avec les cétacés

Plusieurs artistes ont tenté d’interagir musicalement avec des cétacés. En 2011, le chercheur David Rothenberg a joué de la clarinette devant des baleines à bosse à Hawaï, observant une baleine répondre par une vocalisation similaire à sa mélodie. D’autres, comme Paul Spong, Jim Nollman ou Aline Pénitot, ont rapporté des réactions comparables dans des contextes variés. Le film La Baleine et le Musicien s’inscrit dans cette tradition, interrogeant la perception des baleines face à la musique électronique de Rone. Cependant, ces interactions soulèvent des questions éthiques, notamment sur l’impact des sons humains dans un environnement marin déjà saturé de bruits anthropiques.

Limites éthiques et enjeux écologiques

L’ajout de sons musicaux dans l’océan pose un dilemme : bien que la musique puisse sembler inoffensive, elle s’ajoute à une pollution sonore déjà documentée. La Commission européenne classe ces bruits comme une pollution depuis 2008, incitant à réduire leur impact. Le bioacousticien Olivier Adam, co-auteur de l’article, souligne que les sons humains perturbent les activités vitales des cétacés, pouvant causer des échouages ou des perturbations comportementales. Des balises électroniques, comme celles utilisées par l’association Cétamada et l’Université de Padoue, permettent d’étudier ces réactions, mais les protocoles en milieu naturel restent complexes et limités.

Ce que ça pourrait changer

La **sentience**, capacité à ressentir des émotions et à percevoir subjectivement son environnement, n’a été officiellement reconnue dans le dictionnaire français qu’en 2020. Pourtant, des études récentes, comme celles publiées en mai 2025 dans la revue *Science*, montrent que la musique n’est pas une exclusivité humaine : son caractère répétitif active des mécanismes cérébraux similaires chez plusieurs espèces, dont les cétacés. Cette découverte remet en cause la frontière traditionnelle entre humains et animaux, héritée de la pensée occidentale depuis la Grèce antique. Des philosophes et juristes plaident aujourd’hui pour une reconnaissance accrue de la sensibilité animale, afin de mieux protéger les écosystèmes et partager les territoires.

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