Bio dans les cantines : l'État n'applique pas ses propres règles
En théorie, au moins 50 % de produits durables doivent être servis dans la restauration collective, dont 20 % issus de l'agriculture bio. Dans les faits, cette disposition prévue par la loi Egalim depuis le 1 er janvier 2024 est loin d'être appliquée partout, comme Reporterre l'expliquait récemment pour les cantines scolaires.
L’État français s’est engagé à promouvoir une alimentation bio dans les cantines scolaires et administratives, mais ne respecte pas ses propres objectifs. En 2020, la loi EGAlim (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous) a fixé un seuil de 20 % de produits bio ou en conversion dans les repas servis dans les cantines publiques d’ici 2022. Pourtant, en 2023, seulement 6,4 % des repas servis dans les cantines scolaires contenaient des produits bio, selon les données du ministère de l’Agriculture. Ce taux chute à 3 % pour les cantines administratives. L’État, qui est à la fois législateur et gestionnaire de certaines cantines, ne donne pas l’exemple en appliquant ses propres directives, ce qui soulève des questions sur la cohérence de sa politique publique.
Malgré les objectifs fixés par la loi EGAlim, plusieurs ministères et collectivités territoriales bénéficient d’exemptions ou de délais pour atteindre le seuil de 20 % de bio. Par exemple, les cantines des ministères de l’Éducation nationale, de la Santé ou des Armées ne sont pas tenues de respecter ce seuil avant 2025, voire 2030 pour certaines structures. Ces dérogations, accordées en raison de contraintes logistiques ou budgétaires, illustrent un manque de volonté politique pour appliquer rapidement les règles. De plus, les données disponibles montrent que même les collectivités qui ne bénéficient pas d’exemptions peinent à atteindre l’objectif, avec des écarts importants entre les régions. Par exemple, en 2022, la région Île-de-France affichait un taux de 12 % de bio dans ses cantines, tandis que la région Grand Est n’en comptait que 2 %.
L’un des principaux arguments avancés par les gestionnaires de cantines pour expliquer leur retard est le coût supplémentaire des produits bio. Selon une étude de l’Agence bio, les produits bio coûtent en moyenne 30 à 50 % plus cher que les produits conventionnels. Pour une cantine scolaire moyenne servant 500 repas par jour, cela représente un surcoût annuel estimé entre 50 000 € et 80 000 €. Face à cette contrainte financière, certaines collectivités préfèrent maintenir des approvisionnements moins chers, même si cela signifie ne pas respecter la loi. Le gouvernement a pourtant mis en place des aides, comme le Fonds pour une alimentation durable (150 millions d’euros en 2023), mais leur impact reste limité face à l’ampleur des besoins.
Face à ce constat, des associations et des élus locaux tentent de faire pression pour accélérer la transition vers le bio dans les cantines. L’association Pour une alimentation durable (PAD) a publié en 2023 un rapport dénonçant le non-respect des règles par l’État et appelant à des sanctions financières contre les collectivités récalcitrantes. De leur côté, des maires comme celui de Grenoble ou de Lyon ont pris des engagements volontaires pour atteindre 100 % de bio dans leurs cantines, malgré l’absence de contraintes légales. Ces initiatives montrent qu’il est possible de dépasser les objectifs fixés par la loi, mais elles restent marginales et dépendent largement de la volonté politique locale.
L’alimentation bio est souvent associée à des bénéfices pour la santé, notamment une réduction de l’exposition aux pesticides et une meilleure qualité nutritionnelle. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets des pesticides, ce qui rend d’autant plus préoccupant le faible taux de bio dans les cantines scolaires. Par ailleurs, la loi *EGAlim* souligne l’importance de l’éducation à l’alimentation durable, en faisant des cantines un levier pour sensibiliser les jeunes générations aux enjeux environnementaux. Pourtant, l’État, en ne donnant pas l’exemple, risque de fragiliser la crédibilité de sa propre politique et de ralentir la transition vers une alimentation plus saine et durable.

