La tapisserie de Bayeux, “une version médiévale de la manosphère”
L’exposition de la tapisserie de Bayeux a ouvert jeudi 10 septembre au British Museum de Londres. Or, d’après la “BBC”, cette œuvre d’art qui représente la conquête de l’Angleterre par les Normands “décrit une version médiévale de ces réseaux virilistes qui sévissent sur Internet : une idéologie et un univers centré sur l’hypermasculinité et le vécu des hommes”..
La tapisserie de Bayeux, réalisée au XIe siècle, est une broderie de 70 mètres de long qui raconte la conquête normande de l’Angleterre en 1066. Des historiens, comme Christopher Monk, la comparent à une manosphère médiévale, un terme désignant des réseaux en ligne centrés sur une idéologie d’hypermasculinité. L’œuvre met en scène des hommes en guerre, des chevaux et des symboles phalliques, illustrant une société où la force physique et la domination masculine sont valorisées. Les scènes de bataille et les représentations de pénis turgescents (93 exemples recensés en 2018) soulignent cette focalisation sur la virilité. L’objectif n’est pas seulement esthétique, mais aussi politique : la tapisserie sert de propagande pour célébrer la victoire des Normands.
La tapisserie de Bayeux se concentre presque exclusivement sur les hommes, notamment les figures de Guillaume le Conquérant et d’Harold Godwinson, deux rivaux pour le trône d’Angleterre. Les femmes y sont quasi absentes, sauf quelques exceptions comme Aelfgyva, une figure mystérieuse entourée d’un prêtre, ou Mathilde de Flandre, épouse de Guillaume, dont le rôle politique et financier est effacé. Emily Joan Ward, historienne à l’université d’Édimbourg, explique que cette absence s’explique par le sujet principal de l’œuvre : la guerre. Les scènes brodées montrent des hommes combattant, ce qui ne laisse que peu de place aux représentations féminines. Le récit est donc une construction masculine, commanditée par l’évêque Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume, pour légitimer leur pouvoir.
Dans la tapisserie, la taille des chevaux et des organes génitaux masculins symbolise le pouvoir et la domination. Le cheval de Guillaume, surnommé Mora et décrit comme le plus grand et le plus rapide de la flotte normande, est présenté comme une monture imposante, reflétant la supériorité de son cavalier. De même, les pénis turgescents, souvent associés aux chevaux, sont interprétés comme une métaphore de la force et de la virilité politique. Janina Ramirez, autrice de Femmes remarquables du Moyen Âge, note que la taille des attributs masculins est un indicateur de leur statut social. Cette symbolique phallique, omniprésente, renforce l’idée d’une société médiévale où la masculinité est synonyme de pouvoir et de légitimité.
La tapisserie de Bayeux n’est pas seulement une œuvre d’art, mais aussi un outil de propagande. Commanditée par Odon de Bayeux, elle célèbre la victoire de son demi-frère Guillaume sur Harold Godwinson lors de la bataille d’Hastings en 1066. Le Guardian la décrit comme une bande dessinée médiévale, où chaque scène est conçue pour marquer les esprits et renforcer l’autorité des Normands. L’œuvre s’adresse à un public masculin, probablement l’entourage d’Odon et de Guillaume, et utilise un humour grivois pour renforcer son message. Les historiens soulignent que cette propagande repose sur l’exclusion des femmes, dont les rôles politiques ou économiques sont minimisés, voire ignorés.
Malgré leur absence dans la tapisserie, les femmes ont joué un rôle clé dans les événements historiques qu’elle décrit. Mathilde de Flandre, épouse de Guillaume, a financé le navire Mora, essentiel à la victoire normande. De même, Agathe de Normandie, fille de Guillaume, était promise à Harold en échange de la couronne d’Angleterre, un mariage qui n’a jamais eu lieu. Ces exemples montrent que les femmes, bien que discrètes dans l’œuvre, ont influencé le cours des événements. Les historiens comme Emily Joan Ward rappellent que la manosphère médiévale, comme la version moderne, dépend en partie des femmes qu’elle cherche à exclure, car leur pouvoir réel contredit souvent le récit dominant.
La tapisserie de Bayeux a été réalisée vers 1070, peu après la conquête normande. Son origine exacte reste débattue : elle aurait pu être brodée par des religieuses, comme le suggère la *BBC*, ou par des artisans laïcs. L’œuvre est aujourd’hui exposée au British Museum de Londres, où elle attire l’attention pour son mélange d’art, d’histoire et de symboles ambigus. Les experts soulignent que sa conservation exceptionnelle, malgré ses 950 ans, en fait un témoignage unique de la culture médiévale. Pourtant, son interprétation reste sujette à débat, notamment sur la signification précise des scènes phalliques et des figures féminines.

