Le futur ministre de la Culture interpellé dans une lettre ouverte «pour l’avenir de nos musiques»
Une trentaine d’organismes du milieu musical misent sur la «découvrabilité hors ligne» des œuvres d’ici..
Une lettre ouverte intitulée Pour l’avenir de nos musiques: il faut maintenant aller plus loin a été publiée le 19 octobre 2026 par la Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE). Cette lettre, signée par plus de trente associations et organismes du milieu musical québécois, s’adresse au futur ministre de la Culture et des Communications. Les signataires y expriment leur inquiétude face à la faible écoute des artistes québécois sur les plateformes en ligne et dans l’espace public. Ils estiment que le milieu musical québécois est arrivé « à un cul-de-sac », c’est-à-dire à une impasse où les solutions actuelles ne suffisent plus. La lettre demande au futur ministre de lancer une réflexion globale sur l’ensemble de l’écosystème musical québécois pour remédier à cette situation.
Le 13 octobre 2026, le Commissaire à la langue française a publié une étude sur la consommation musicale au Québec, au Canada et dans 24 pays européens. Les résultats révèlent que le Québec est l’un des marchés où les artistes locaux sont les moins écoutés. Parmi les marchés non anglophones étudiés, il se classe dernier en termes de part des écoutes occupées par la musique dans la langue nationale. Cette étude a particulièrement alarmé le milieu musical québécois, qui y voit une confirmation de la difficulté à faire entendre la musique d’ici. Les signataires de la lettre ouverte s’appuient sur ces résultats pour justifier leur demande d’action urgente de la part du futur ministre de la Culture.
Les signataires de la lettre introduisent un nouveau concept : la découvrabilité hors ligne. Ce terme désigne la capacité pour une œuvre musicale d’être découverte et écoutée en dehors des plateformes numériques, c’est-à-dire dans des lieux physiques comme les écoles, les commerces, les restaurants, les hôtels, les lieux touristiques, les espaces publics, les salles de spectacle, les festivals ou encore les événements soutenus par l’État. Ariane Charbonneau, directrice générale de la SPACQ-AE, explique que la musique québécoise doit être entendue « pas seulement en ligne, mais dans l’espace physique ». Elle cite l’exemple d’un café où la musique diffusée était exclusivement anglophone, illustrant ainsi le manque de visibilité de la musique locale dans les lieux publics.
La lettre ouverte ne propose pas de solutions concrètes, mais elle demande au futur ministre de la Culture de mettre en place une réflexion globale sur l’écosystème musical québécois. Ariane Charbonneau, de la SPACQ-AE, souligne que la musique d’ici est de « très haut niveau » mais qu’elle n’est pas assez diffusée dans l’espace public. De son côté, l’Adisq (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) appuie les demandes de la SPACQ-AE, bien qu’elle n’ait pas signé la lettre. Eve Paré, directrice générale de l’Adisq, estime qu’il existe un momentum, c’est-à-dire une opportunité, pour aborder cette question, notamment en raison de la situation géopolitique actuelle qui favorise une prise de position en faveur de la culture locale.
L’Adisq, bien qu’elle ne soit pas signataire de la lettre ouverte, s’adressera également au futur ministre de la Culture pour demander un grand chantier sur l’état de la musique au Québec. Eve Paré, directrice générale de l’Adisq, précise que ce chantier doit dépasser la simple question de la diffusion de la musique dans l’espace public. Elle propose d’examiner plusieurs aspects, comme une politique de diffusion, le rôle du système d’éducation dans la promotion de la musique québécoise, le financement de l’industrie musicale et la loi sur le statut de l’artiste. L’objectif est de structurer l’industrie pour que la musique d’ici continue de rayonner à l’avenir. Cette demande s’inscrit dans un contexte où le Québec cherche à renforcer son identité culturelle face à la domination de la musique anglophone.

