Historique : ce chercheur pense avoir résolu un mystère vieux de 500 ans dans ce dessin de Léonard de Vinci
Un détail entre les jambes de l’Homme de Vitruve vient de faire l’objet d’une nouvelle analyse géométrique. Et elle pourrait éclairer l’un des mystères les plus persistants autour du chef-d’œuvre du grand maître italien..
L’Homme de Vitruve, dessiné par Léonard de Vinci vers 1490, est l’une des œuvres les plus célèbres de l’histoire de l’art. Ce croquis représente un homme nu, inscrit dans un cercle et un carré, symbolisant l’harmonie entre le corps humain et les formes géométriques. Pendant cinq siècles, les experts ont interprété ce dessin comme une représentation du Nombre d’Or (1,618), un ratio considéré comme la clé de la beauté parfaite. Cependant, les mesures précises du dessin original ne correspondent jamais exactement à ce nombre, laissant planer un mystère sur les intentions réelles de l’artiste.
En juin 2025, le chercheur Rory Mac Sweeney a publié une étude dans la revue Journal of Mathematics and the Arts, proposant une nouvelle interprétation des proportions de l’Homme de Vitruve. Selon lui, Léonard de Vinci n’aurait pas utilisé le Nombre d’Or, mais le ratio tétraédrique (1,633). Ce ratio décrit la manière dont des objets, comme des balles ou des atomes, s’organisent naturellement pour former une structure stable en forme de pyramide à base triangulaire, appelée tétraèdre. Mac Sweeney suggère que Vinci aurait transposé cette logique géométrique à l’anatomie humaine, reflétant une compréhension intuitive des principes de biomécanique.
Pour étayer sa théorie, Mac Sweeney s’est appuyé sur les annotations manuscrites de Léonard de Vinci autour du dessin. L’artiste y écrit notamment : « Si vous écartez les jambes… et levez les mains… l’espace entre vos jambes formera un triangle équilatéral ». En mesurant le rapport entre l’écartement des pieds et la hauteur du nombril, Mac Sweeney a obtenu une valeur comprise entre 1,64 et 1,65, proche du ratio tétraédrique (1,633). Cette découverte contredit l’hypothèse traditionnelle du Nombre d’Or (1,618) et suggère que Vinci cherchait à représenter une structure tridimensionnelle plutôt qu’un simple dessin en deux dimensions.
Le chercheur établit un parallèle entre l’Homme de Vitruve et le triangle de Bonwill, décrit en 1864 par le dentiste William Bonwill. Ce triangle équilatéral relie les deux articulations de la mâchoire à la pointe des dents de devant. Selon Mac Sweeney, cette structure optimise l’efficacité mécanique de la mâchoire, tout comme le ratio tétraédrique pourrait optimiser l’équilibre et la stabilité du corps humain. Cette hypothèse renforce l’idée que Léonard de Vinci aurait anticipé des principes géométriques fondamentaux, bien avant leur formalisation scientifique.
Si la thèse de Mac Sweeney est confirmée, elle pourrait révéler que Léonard de Vinci avait une compréhension précoce des principes régissant l’organisation de la matière, comme ceux observés dans les cristaux, les molécules d’eau ou même certains virus. Cette interprétation place l’*Homme de Vitruve* comme une œuvre avant-gardiste, mêlant art, science et philosophie. Elle suggère également que Vinci considérait le corps humain comme une structure naturelle parmi d’autres, une idée qui aurait pu être perçue comme hérétique à l’époque de la Renaissance, où l’anatomie humaine était souvent associée à une création divine.

