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Géopolitique

Réorienter des millions de barils : les nouvelles routes du pétrole saoudien

Courrier International · mis à jour 23 sept.

Le blocage des détroits d’Ormuz et de Bab El-Mandeb handicape les exportations de pétrole saoudien. Restent le canal de Suez et plusieurs autres débouchés sur la Méditerranée avec des oléoducs traversant la Syrie, l’Égypte et la Turquie.

Blocage des détroits clés

L'Arabie saoudite fait face à un blocage majeur de ses exportations de pétrole en raison de la fermeture des détroits d'Ormuz et de Bab El-Mandeb. Ces deux passages stratégiques, situés dans le Golfe persique et la mer Rouge, étaient empruntés par plus de 20 millions de barils par jour avant les conflits, dont environ 7 millions en provenance d'Arabie saoudite. Le détroit d'Ormuz est contrôlé par l'Iran, tandis que les houthistes, un groupe armé yéménite soutenu par l'Iran, ont récemment pris le contrôle du détroit de Bab El-Mandeb. Ces verrouillages perturbent gravement les routes traditionnelles du pétrole saoudien, forçant le pays à chercher des alternatives coûteuses et complexes.

Canal de Suez et oléoduc Sumed

Pour contourner les détroits bloqués, l'Arabie saoudite envisage d'utiliser le canal de Suez et l'oléoduc égyptien Sumed. Le canal de Suez relie la mer Rouge à la Méditerranée, mais les very large crude carriers (VLCC), des pétroliers géants transportant jusqu'à 2 millions de barils, sont trop larges pour le traverser à pleine charge. La solution proposée est l'oléoduc Sumed, long de 320 kilomètres, qui permet de transférer le pétrole de la mer Rouge (port d'Ain Soukhna) à la Méditerranée (port d'Alexandrie) sans passer par le canal. Ce système évite les détroits bloqués mais nécessite des transbordements coûteux et des infrastructures adaptées.

Projets d'oléoducs en Méditerranée

Plusieurs projets d'oléoducs pourraient être relancés pour diversifier les routes d'exportation saoudiennes. Parmi eux, un oléoduc reliant le nord de l'Irak au port turc de Ceyhan, ou un autre reliant l'Arabie saoudite à la Syrie via la Méditerranée. Une proposition israélienne suggère également la construction d'un oléoduc de 700 kilomètres pour relier l'Arabie saoudite au port israélien d'Eilat, sur la mer Rouge, puis au port méditerranéen d'Ashkelon via le Trans-Israel Pipeline. Cependant, ces projets dépendent de la stabilité géopolitique et des relations diplomatiques, notamment entre l'Arabie saoudite et Israël, qui n'entretiennent pas de liens officiels.

Coûts et délais accrus

Les nouvelles routes envisagées par l'Arabie saoudite impliquent des coûts et des délais bien plus élevés que les routes traditionnelles. Par exemple, un trajet entre le Golfe et le port chinois de Ningbo, qui durait environ 6 000 kilomètres via le détroit d'Ormuz, pourrait atteindre 24 000 kilomètres en passant par la Méditerranée, ajoutant près d'un mois de transport. Le coût d'un tel trajet a déjà augmenté, passant de 4,5 millions de dollars (3,9 millions d'euros) à près de 63 millions de dollars (55 millions d'euros) selon les estimations de Michael Haigh, expert de la Société générale. Ces surcoûts pourraient affecter la compétitivité du pétrole saoudien sur les marchés asiatiques, sa principale destination.

Ce que ça pourrait changer

Face à ces défis, l'Arabie saoudite semble adopter une stratégie à court terme pour maintenir ses exportations. Selon le *Wall Street Journal*, le pays mise sur des scénarios hybrides, comme la poursuite des exportations via les voies omanaises dans le détroit d'Ormuz, combinée à des transbordements nocturnes de cargaisons sur des pétroliers asiatiques au large des côtes d'Oman. Cette approche, bien que risquée et limitée, permet de contourner partiellement les blocages tout en évitant des investissements massifs dans de nouvelles infrastructures. La décision finale dépendra de l'évolution des tensions géopolitiques dans la région.

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