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Géopolitique

Choses vues au pays des talibans

Le Grand Continent · mis à jour il y a 7 j

En Afghanistan, voyage à l’intérieur d’un régime bâti sur les ruines d’une guerre sans fin L’article Choses vues au pays des talibans est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Retour des talibans

Le 15 août 2026, les talibans célèbrent le Jour de la Victoire, marquant cinq ans depuis le retrait des forces occidentales d’Afghanistan. Ce jour symbolise leur victoire militaire et idéologique, mais aussi leur capacité à s’adapter après leur défaite initiale en 2001. Le régime utilise désormais les infrastructures abandonnées par les États-Unis, comme l’ambassade américaine de Kaboul, transformée en une madrasa (école coranique) nommée TAYBA (« la pure »). Les talibans ont récupéré des équipements militaires américains, comme des blindés Humvee et MRAP, pour des défilés, donnant l’impression d’un cosplay militaire. Pourtant, cette récupération reflète une stratégie de reconversion des institutions et des ressources laissées par l’Occident, plutôt qu’une opposition frontale à leur héritage.

Reconversion des institutions

Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont transformé les institutions abandonnées par les Occidentaux en outils de leur régime. Le Parlement afghan, construit par l’Inde pour 90 millions de dollars et inauguré en 2015, a été dissous en 2022. Désormais, il sert principalement pour des réunions cléricales ou des rencontres régionales. Le centre du pouvoir s’est déplacé vers Kandahar, où réside le chef suprême, Hibatullah Akhundzada. Parallèlement, le nombre d’écoles coraniques a explosé, passant de 5 000 à plus de 23 000, souvent en reconvertissant des structures existantes plutôt qu’en construisant de nouveaux bâtiments. Cette stratégie montre que le régime taliban ne cherche pas à créer de nouvelles infrastructures, mais à adapter celles héritées du passé.

Un pays marqué par les guerres

L’Afghanistan porte les stigmates de quatre décennies de conflits, avec plus de 15 millions de mines enfouies depuis 1979. Ces engins, dont certains comme les papillons (mines colorées attirant les enfants), ont causé environ 100 000 amputations civiles. Les victimes, souvent des enfants, attendent des soins dans des centres comme ceux de la Croix-Rouge ou d’Emergency, où des prothèses en plastique recyclé sont fabriquées. Les pensions d’invalidité, autrefois versées par la République, sont désormais rares ou politisées sous le régime taliban. Un ancien combattant taliban touche 10 000 afghanis (120 €) par mois, tandis qu’un civil handicapé reçoit une fraction de cette somme, s’il en bénéficie. Les mines et les conflits ont laissé un pays littéralement mutilé, sans système de réparation efficace.

Fin de l'économie de l'opium

L’opium était la principale source de revenus des talibans, représentant jusqu’à 80 % de la production mondiale et finançant leur guérilla. Entre 2010 et 2021, les talibans percevaient jusqu’à 400 millions de dollars par an grâce à des taxes (ushr et zakat) sur les cultivateurs et les trafiquants. En avril 2022, le chef suprême Hibatullah Akhundzada a interdit la culture du pavot, faisant chuter la superficie cultivée de 232 000 hectares en 2022 à seulement 10 000 en 2025. Cette décision a divisé par deux les revenus des agriculteurs et laissé des millions de travailleurs agricoles sans emploi. Bien que les recettes douanières aient augmenté de 11,7 % en 2025 grâce à une fiscalité renforcée, l’économie afghane reste fragilisée. La méthamphétamine, extraite de l’ephedra (plante des montagnes), remplace partiellement l’opium dans les saisies.

Ce que ça pourrait changer

Privé du système bancaire international *SWIFT*, l’Afghanistan dépend d’un réseau financier ancestral appelé *hawala*. Ce système informel, utilisé depuis le VIIIe siècle, permet des transferts d’argent sans mouvement physique de fonds. À Kaboul, le bazar de Sarai Shahzada en est le cœur, traitant jusqu’à 90 % des transactions du pays, y compris celles de 70 ONG internationales. Le *hawala* fonctionne sur des promesses de paiement entre courtiers, évitant les frontières et les contrôles bancaires. Bien que ce système soit ancien, il reste essentiel pour l’économie afghane, notamment pour acheminer l’aide humanitaire dans un pays isolé du système financier mondial.

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