« Et si on interdisait les pubs climaticides au Tour de France ? »
Le Tour de France, qui débute le 4 juillet, opère une surenchère commerciale polluante depuis ses débuts. L'auteur de cette tribune propose ainsi que les secteurs les plus carbonés ne puissent plus y participer.
L’article aborde la question des publicités dites climaticides lors du Tour de France, c’est-à-dire des messages publicitaires promouvant des activités ou des produits contribuant fortement au réchauffement climatique. Ces pubs incluent notamment celles des compagnies pétrolières, des constructeurs automobiles ou des compagnies aériennes, dont les activités sont parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre (GES). Le Tour de France, événement sportif majeur en France et à l’international, est un espace publicitaire très prisé. En 2023, le budget publicitaire lié à l’événement s’élevait à environ 150 millions d’euros, selon des estimations. Les organisateurs du Tour, comme Amaury Sport Organisation (ASO), sont pointés du doigt pour leur rôle dans la diffusion de ces messages, malgré les engagements climatiques de la France, notamment l’Accord de Paris de 2015, qui vise à limiter le réchauffement à 1,5°C.
Les publicités climaticides ont un impact direct sur les émissions de CO₂ (dioxyde de carbone), principal gaz à effet de serre responsable du changement climatique. Par exemple, une voiture thermique émet en moyenne 2,3 tonnes de CO₂ par an et par véhicule en France, selon l’ADEME (Agence de la transition écologique). Les compagnies pétrolières, comme TotalEnergies ou Shell, sponsorisent régulièrement des équipes ou des étapes du Tour, malgré leurs activités fortement polluantes. En 2022, TotalEnergies était le principal partenaire de l’équipe cycliste TotalEnergies, avec un budget annuel estimé à 10 millions d’euros. Ces partenariats légitiment indirectement des modèles économiques incompatibles avec les objectifs climatiques, en associant des marques polluantes à un événement sportif populaire et médiatisé.
En France, la régulation des publicités est encadrée par la loi Climat et Résilience de 2021, qui interdit les publicités pour les énergies fossiles depuis 2023. Cependant, cette loi exclut explicitement les partenariats sportifs des restrictions, permettant ainsi aux entreprises polluantes de continuer à sponsoriser des événements comme le Tour de France. Cette exception a été critiquée par des associations environnementales, comme Greenpeace ou Réseau Action Climat, qui estiment que cette faille juridique affaiblit les efforts de réduction des émissions. En 2023, une proposition de loi visant à étendre l’interdiction aux partenariats sportifs a été rejetée par l’Assemblée nationale, malgré le soutien de 70 % des Français selon un sondage IFOP.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour proposer des alternatives, comme l’interdiction pure et simple des pubs climaticides lors du Tour de France. Une telle mesure pourrait s’inspirer de modèles existants, comme l’interdiction des publicités pour le tabac dans les espaces publics, ou encore la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles. En 2022, la ville de Paris a adopté une charte visant à limiter les partenariats avec des entreprises polluantes pour ses événements sportifs. Cependant, une telle interdiction à l’échelle du Tour de France nécessiterait une volonté politique forte, ainsi qu’une coordination entre les organisateurs, les sponsors et les autorités publiques. Les défenseurs de cette mesure soulignent qu’elle enverrait un signal fort en faveur de la transition écologique.
L’interdiction des pubs climaticides pourrait avoir des répercussions économiques pour le Tour de France et ses partenaires. En 2023, les sponsors liés aux énergies fossiles représentaient environ 20 % du budget publicitaire de l’événement, soit près de 30 millions d’euros. Une suppression de ces partenariats obligerait les organisateurs à trouver de nouveaux financeurs, potentiellement moins lucratifs ou plus difficiles à attirer. Cependant, des études montrent que les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux engagements climatiques des marques. En 2022, 68 % des Français déclaraient être prêts à boycotter une entreprise polluante, selon un rapport de l’ADEME. Cette tendance pourrait inciter les entreprises à adopter des pratiques plus durables, même si cela implique de renoncer à certains partenariats médiatiques.

