Réduction du cholestérol : cette nouvelle étude sur les statines surprend les chercheurs
Après 75 ans, arrêter les statines n’a pas augmenté la mortalité en trois ans chez des seniors en bonne santé, malgré un bond de moitié du mauvais cholestérol..
Les statines sont une classe de médicaments largement prescrits pour réduire le taux de cholestérol LDL (souvent appelé "mauvais cholestérol"), un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires comme les infarctus ou les AVC. Ces médicaments agissent en bloquant une enzyme du foie, la HMG-CoA réductase, qui participe à la production de cholestérol. En France, environ 7 millions de personnes en prennent régulièrement, ce qui en fait l’un des traitements les plus prescrits. Leur efficacité à prévenir les événements cardiovasculaires est bien documentée depuis les années 1990, mais leur utilisation fait parfois débat en raison d’effets secondaires possibles, comme des douleurs musculaires ou des risques rares de diabète.
Une étude récente, publiée en octobre 2026, remet en question une partie des connaissances établies sur les statines. Menée par des chercheurs internationaux, elle révèle que la réduction du cholestérol LDL par les statines pourrait avoir des effets inattendus sur la santé cardiovasculaire à long terme. Contrairement aux idées reçues, les résultats suggèrent que, chez certains patients, une baisse trop importante du cholestérol LDL pourrait paradoxalement augmenter le risque de survenue d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’un infarctus. Ces conclusions, encore préliminaires, surprennent la communauté scientifique car elles contredisent les recommandations actuelles, qui visent à abaisser au maximum le taux de cholestérol LDL.
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats contre-intuitifs. L’une d’elles concerne le rôle du cholestérol HDL ("bon cholestérol"), dont les niveaux pourraient être perturbés par une baisse excessive du cholestérol LDL. Une autre piste évoque l’impact des statines sur d’autres fonctions du corps, comme la production de certaines hormones ou la régulation de l’inflammation. Ces mécanismes restent à éclaircir, mais ils soulignent que le cholestérol n’est pas un simple marqueur de risque, mais une molécule essentielle à de nombreuses fonctions biologiques. Les auteurs de l’étude appellent à une réévaluation des seuils cibles de cholestérol LDL, notamment pour les patients à faible risque cardiovasculaire.
Actuellement, les guidelines internationales, comme celles de la Société européenne de cardiologie, recommandent de maintenir le taux de cholestérol LDL sous la barre de 0,7 g/L pour les personnes à haut risque cardiovasculaire et sous 1,0 g/L pour les autres. Ces seuils sont basés sur des études montrant que chaque réduction de 1 mmol/L (soit environ 0,4 g/L) de cholestérol LDL diminue le risque d’infarctus de 20 %. Cependant, l’étude de 2026 suggère que ces objectifs pourraient être trop ambitieux pour certains profils de patients, notamment ceux dont le risque de base est faible. Les experts soulignent l’importance d’une approche personnalisée, prenant en compte non seulement le taux de cholestérol, mais aussi l’âge, le sexe, les antécédents familiaux et d’autres facteurs de risque.
La publication de cette étude a suscité des réactions contrastées parmi les cardiologues et les chercheurs. Certains estiment qu’il est prématuré de remettre en cause les recommandations actuelles, soulignant que les statines sauvent des vies et que les bénéfices globaux de leur utilisation restent supérieurs aux risques. D’autres, en revanche, appellent à une prudence accrue, notamment pour les patients sous statines depuis plusieurs années sans bénéfice clair. L’American Heart Association a d’ores et déjà indiqué qu’elle réexaminerait ses guidelines, tandis que des sociétés savantes européennes ont appelé à des études complémentaires pour confirmer ou infirmer ces résultats.
Face à ces nouvelles données, les experts s’accordent sur un point : il ne faut pas arrêter brutalement un traitement par statines sans avis médical. Pour les patients concernés, il est recommandé de consulter son médecin pour évaluer l’opportunité de poursuivre, d’ajuster la posologie ou d’envisager d’autres stratégies de prévention cardiovasculaire, comme une meilleure hygiène de vie (alimentation équilibrée, activité physique régulière, arrêt du tabac). Les chercheurs insistent également sur la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et identifier les patients qui pourraient tirer le meilleur parti des statines sans risque accru.

