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Les sanctions contre les colons israéliens seront-elles un cadeau électoral pour la droite?

Le Devoir · mis à jour il y a 10 j

Londres et Ottawa interdisent désormais l’importation de produits en provenance des colonies israélienne en Cisjordanie..

Sanctions récentes

Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé l'interdiction de l'importation de produits en provenance des colonies israéliennes installées en Cisjordanie, une région occupée selon le droit international. Ces sanctions visent à limiter le commerce avec ces colonies, jugées illégales par la communauté internationale. Neuf autres pays européens ont également exprimé leur intention d'imposer des restrictions similaires. Ces mesures s'inscrivent dans un contexte de tensions accrues en Cisjordanie, où les violences entre colons israéliens et Palestiniens se sont multipliées, avec des attaques quasi quotidiennes et des raids réguliers contre des villages palestiniens. Le développement des colonies s'est accéléré sous le gouvernement de Benjamin Nétanyahou, ce qui a contribué à l'escalade des violences.

Contexte électoral

Ces sanctions ont été annoncées à la veille des élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre 2026, qui s'annoncent serrées. Benjamin Nétanyahou, premier ministre en exercice et chef d'un gouvernement parmi les plus à droite de l'histoire d'Israël, pourrait tirer profit de ces mesures pour renforcer sa base électorale. En se présentant comme un défenseur d'Israël face aux pressions internationales, il cherche à mobiliser son électorat en période de campagne électorale. Un diplomate européen interrogé par l'Agence France-Presse (AFP) craint que ces sanctions ne soient instrumentalisées politiquement par Nétanyahou. Paradoxalement, ces mesures pourraient donc servir ses intérêts électoraux plutôt que de l'affaiblir.

Réactions israéliennes

En réponse aux sanctions, Israël a pris des contre-mesures, dont la fermeture du consulat britannique à Jérusalem. Ce geste illustre la tension entre les deux pays et montre que les sanctions ont un impact politique immédiat. Dans un contexte où Israël reste marqué par l'attaque du mouvement palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a ravivé un sentiment patriotique fort, les critiques envers ces sanctions transcendent les clivages politiques internes. Sara Yael Hirschhorn, historienne à l'Université de Haïfa, estime que ces mesures pourraient avoir un effet boomerang en galvanisant l'électorat de droite et en permettant à certains petits partis d'atteindre le seuil nécessaire pour entrer au Parlement israélien.

Portée économique

Les sanctions annoncées par le Royaume-Uni, la France et le Canada ont avant tout une portée symbolique. Esteban Klor, économiste à l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS), souligne qu'elles ne devraient pas avoir de conséquences économiques majeures pour Israël. En effet, les colonies de Cisjordanie ne représentent qu'une infime partie de l'économie israélienne, qui reste dynamique malgré la guerre. De plus, la mise en œuvre de ces sanctions est complexe, car Israël ne distingue pas systématiquement les marchandises provenant des colonies de celles issues du territoire israélien proprement dit. Les produits agricoles des colonies, par exemple, sont souvent mélangés à d'autres productions locales.

Motivations politiques

Pour le gouvernement britannique, ces sanctions répondent à des impératifs de politique intérieure. Andy Burnham, premier ministre britannique, cherche à reconquérir des électeurs de gauche qui jugeaient son prédécesseur trop timoré face à la guerre à Gaza. Londres justifie également son action par la nécessité d'agir rapidement, car Israël compromet, selon lui, toute possibilité de créer un État palestinien viable. Le projet E1, qui prévoit l'expansion de la colonisation en Cisjordanie, est particulièrement critiqué : il isolerait Jérusalem-Est, majoritairement peuplée de Palestiniens, du reste de la Cisjordanie et entraverait la continuité territoriale de ce territoire. Les violences perpétrées par les colons ont été qualifiées de nettoyage ethnique par Ed Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères.

Ce que ça pourrait changer

Ces sanctions, ainsi que le refus de Donald Trump de les critiquer pour l'instant, envoient un message aux futurs dirigeants israéliens. Mairav Zonszein, analyste au sein de l'International Crisis Group, estime qu'un nouveau gouvernement cherchera probablement à freiner les violences des colons et à améliorer l'image d'Israël en Occident, sans pour autant opérer un virage politique majeur en Cisjordanie. Ces mesures se veulent donc un signal clair : il peut y avoir un prix à payer pour certaines actions, et cela implique de faire des choix. Elles visent à influencer les décisions du prochain gouvernement israélien, notamment en matière de colonisation et de respect du droit international.

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