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Géopolitique

En Espagne, pour reprendre la rue

Courrier International · mis à jour il y a 4 j

De Palma à Madrid, en passant par Valence, les repas de quartier prennent une tournure protestataire. En réaction au surtourisme et la marchandisation de l’espace public, les habitants sortent tables, chaises et plats à partager pour défendre leur place dans la ville, raconte “El País”.

Tradition culinaire contestataire

En Espagne, les repas en plein air, appelés sopars a la fresca (dîners à la fraîche), sont une tradition estivale populaire où les habitants installent tables et chaises dans la rue pour partager un repas en soirée. Depuis 2025, certains collectifs, comme Brunzit à Palma de Majorque, ont détourné cette pratique pour en faire un outil de protestation. Ces rassemblements, organisés sous le nom de Sopars a la Llesca, visent à défendre l’accès des habitants à l’espace public face à la montée du surtourisme et à la privatisation des lieux de vie. Lors de ces événements, les participants apportent leur propre matériel (glacières, tables pliantes, chaises en plastique) et organisent des animations (musique, poésie, jeux) pour créer une ambiance festive et solidaire. Le 19 août 2026, un grand repas partagé a eu lieu sur la Plaza Mayor de Palma, marquant l’apogée de cette mobilisation.

Surtourisme et privatisation

Le surtourisme désigne une fréquentation excessive de certains sites ou villes par des touristes, souvent accompagnée d’une hausse des prix de l’immobilier et d’une transformation des espaces publics au détriment des résidents locaux. En Espagne, des villes comme Palma de Majorque, Valence ou Madrid subissent cette pression, avec des conséquences telles que la fermeture de commerces de proximité au profit de boutiques touristiques ou la réduction des espaces de vie collective. La privatisation de l’espace public correspond à la transformation de lieux autrefois accessibles à tous en zones réservées à des activités payantes ou contrôlées par des acteurs privés (hôtels, restaurants, plateformes de location courte durée). Ces phénomènes poussent les habitants à réinvestir symboliquement la rue, non plus seulement pour des raisons de convivialité, mais aussi pour affirmer leur droit à occuper et utiliser ces espaces sans contraintes économiques.

Mobilisation citoyenne

Les repas partagés en plein air sont devenus un symbole de résistance citoyenne en Espagne, portés par des associations locales comme Brunzit à Palma. Ces collectifs, souvent composés de résidents permanents, organisent des actions régulières pour sensibiliser aux enjeux de l’urbanisme et du logement. Leur approche se distingue par son caractère festif et inclusif, évitant les formes de protestation traditionnelles (manifestations, grèves) pour privilégier la convivialité comme outil de mobilisation. Les participants, issus de tous âges, partagent non seulement des repas, mais aussi des discussions sur les politiques locales et des revendications pour un meilleur équilibre entre tourisme et qualité de vie. Ces initiatives s’inscrivent dans un mouvement plus large de défense des droits des habitants face aux transformations urbaines imposées par les acteurs économiques et politiques.

Ce que ça pourrait changer

L’article mentionne que ces actions ont été organisées avant le mouvement né contre la crise du logement sur la place Puerta del Sol à Madrid, un symbole fort de la contestation sociale en Espagne. Cette crise, liée à la spéculation immobilière et à la hausse des loyers, a exacerbé les tensions entre résidents et acteurs du tourisme. Les repas partagés en plein air s’inscrivent ainsi dans une dynamique plus large de revendications urbaines, où les habitants cherchent à reprendre le contrôle de leur environnement. Ces mobilisations reflètent une prise de conscience collective des effets négatifs du tourisme de masse et de la financiarisation de l’immobilier, qui menacent la cohésion sociale et l’accès aux ressources pour les locaux.

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