Pour lutter contre la dépendance, prendre de la méthadone à domicile est plus efficace
Des chercheurs estiment que la supervision de la prise de méthadone crée des barrières pour les patients..
Une étude menée par des chercheurs de l’Université Simon Fraser (SFU) révèle que la prise de méthadone à domicile, plutôt qu’en pharmacie ou en clinique sous supervision, améliore l’efficacité des traitements contre la dépendance aux opioïdes. Les résultats, publiés en août 2026 dans la revue Journal of the American Medical Association, s’appuient sur des données collectées entre 2010 et 2022 en Colombie-Britannique. La méthadone est un médicament de substitution utilisé pour réduire les effets des opioïdes comme l’héroïne ou le fentanyl, tout en évitant les symptômes de sevrage. L’étude montre que commencer ce traitement à domicile entre 5 et 24 semaines après la phase initiale réduit significativement la mortalité et les abandons de traitement. En Colombie-Britannique, la prise de méthadone est généralement supervisée, ce qui peut limiter l’autonomie des patients.
Selon le Dr Brian Conway, directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver, le modèle actuel de prise supervisée de méthadone impose des contraintes importantes aux patients. Ces derniers doivent se rendre quotidiennement en pharmacie ou en clinique, souvent à des horaires incompatibles avec un emploi, ce qui peut nuire à leur réinsertion sociale et professionnelle. De plus, un retard ou une absence peut entraîner une réduction de la dose prescrite, limitant ainsi l’efficacité du traitement. Garth Mullins, membre de la BC Association of People on Methadone, souligne que cette approche est vécue comme une humiliation, privant les patients de dignité. Le coût annuel pour la province est estimé à plus de 30 millions de dollars par an, selon le Dr Bohdan Nosyk, coauteur de l’étude.
Les chercheurs concluent que la prise de méthadone à domicile, même si elle débute tardivement, est globalement plus efficace que la prise supervisée. Elle permet aux patients de retrouver une vie normale, notamment en leur offrant la possibilité de travailler et de se réintégrer socialement. Cependant, le Dr Conway met en garde contre une généralisation de cette pratique. Il rappelle que la méthadone est un produit très toxique, voire mortel en cas de mauvaise utilisation, et que son stockage à domicile doit être sécurisé pour éviter tout accident. Il existe aussi un risque de non-respect de la prescription, ce qui pourrait conduire à des rechutes ou à une consommation illicite d’opioïdes. L’étude suggère néanmoins que cette approche pourrait être intégrée plus tôt dans certains cas, sous conditions strictes.
Cette étude s’inscrit dans un contexte où la Colombie-Britannique fait face à une crise des opioïdes, aggravée par la présence de fentanyl, un opioïde synthétique extrêmement puissant. Le Dr Conway précise que les données utilisées datent d’une époque antérieure à l’essor du fentanyl, ce qui pourrait limiter la portée des conclusions. Malgré cela, l’étude ouvre des pistes pour repenser les politiques publiques en matière de traitement des dépendances. Elle pourrait influencer les recommandations cliniques en faveur d’une prise à domicile plus précoce pour certains patients stables, tout en maintenant des garde-fous pour éviter les risques associés.

