En Éthiopie, des troupes de l’Érythrée se déploient dans le nord du Tigré
Les hostilités ont repris le 23 septembre entre l’armée éthiopienne et des groupes opposés à son gouvernement..
Depuis le 23 septembre 2026, des combats ont repris dans le nord de l’Éthiopie, plus précisément dans l’État régional du Tigré, frontalier de l’Érythrée. Ces hostilités opposent l’armée éthiopienne, dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed, à des groupes armés locaux, dont le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ce dernier était auparavant au pouvoir dans la région depuis avril 2026 et contestait l’autorité du gouvernement fédéral éthiopien. Le conflit s’inscrit dans un contexte de tensions historiques entre l’Éthiopie et l’Érythrée, deux pays voisins qui partagent une longue frontière et une histoire commune marquée par des guerres, notamment entre 1998 et 2000. Le TPLF est accusé par Addis-Abeba de recevoir le soutien de l’Érythrée, ce que ce dernier dément.
Ces derniers jours, des troupes de l’Érythrée ont été observées autour de la ville d’Adigrat, située dans le nord du Tigré, à environ 40 kilomètres de la frontière érythréenne. Des habitants et des responsables locaux ont confirmé la présence de soldats érythréens, certains se dirigeant vers le sud en direction d’Idaga Hamus, une localité à 20 kilomètres au sud-est d’Adigrat. Ces troupes sont équipées d’armement lourd et se déplacent sur des routes menant vers la frontière. Parallèlement, les forces progouvernementales éthiopiennes, incluant la Force de paix du Tigré (TPF), une milice alliée au gouvernement fédéral, se sont positionnées à Wukro, à 50 kilomètres au nord de Mekele (capitale du Tigré) et à 70 kilomètres au sud d’Adigrat. Les deux camps semblent donc se rapprocher dangereusement, avec des troupes à seulement quelques dizaines de kilomètres les unes des autres.
Pour l’Érythrée, le contrôle d’une partie du nord du Tigré représente une profondeur stratégique, c’est-à-dire une zone tampon qui lui permet de se protéger en cas de conflit avec l’Éthiopie. Selon Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région, cette stratégie vise à éviter que les combats ne se déroulent sur le sol érythréen. L’Éthiopie, de son côté, cherche à sécuriser un accès à la mer Rouge, dont elle a été privée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Cette région est cruciale pour le commerce maritime et l’économie éthiopienne. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a réaffirmé cette nécessité lors de sa réélection en juin 2026, où son parti a obtenu 90 % des sièges au Parlement. La rivalité autour de cette zone illustre les tensions persistantes entre les deux pays depuis des décennies.
Le 1er octobre 2026, l’Éthiopie a accusé l’Érythrée d’actes d’hostilités et de belligérance, ce qui a conduit à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Ces liens avaient été rétablis en 2018 après deux décennies de tensions, mais les hostilités récentes ont ravivé les conflits passés. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a rejeté ces accusations en qualifiant la guerre menée par l’Éthiopie de guerre d’agression, affirmant que le gouvernement éthiopien cherchait à justifier une invasion. Parallèlement, des drones ont frappé des cibles au Tigré, notamment à Adwa, à 45 kilomètres de la frontière érythréenne, causant des victimes civiles. Ces frappes, non revendiquées, ajoutent une dimension supplémentaire à l’escalade militaire.
Les forces progouvernementales éthiopiennes ont remporté des succès militaires ces derniers jours. Elles ont repris Mekele, la capitale du Tigré, sans combat après l’évacuation du TPLF. Elles se sont également emparées d’Abiy Addi, une localité à 100 kilomètres au sud d’Adwa, sur une route menant à la frontière érythréenne. Ces avancées permettent au gouvernement éthiopien de renforcer son contrôle sur la région, mais elles risquent d’attiser davantage les tensions avec l’Érythrée. La situation reste volatile, avec des troupes érythréennes et éthiopiennes en position de confrontation directe, et une population locale de plus en plus inquiète face à l’escalade du conflit.

