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Géopolitique

Des policiers formés en poésie : comment la “kogu-keisatsu” protège l’empereur du Japon

Courrier International · mis à jour 24 sept.

Depuis cent quarante ans, des policiers atypiques, formés à la cérémonie de thé et à la poésie classique japonaise, assurent la sécurité de la famille impériale. Le quotidien “Mainichi Shimbun” est allé à la rencontre de l’un d’entre eux, un vétéran qui a accompagné l’empereur dans nombre de ses sorties..

Police impériale atypique

Depuis 1886, la police du palais impérial japonais, appelée kogu-keisatsu, assure la protection de la famille impériale. Contrairement aux forces de police classiques, ses agents reçoivent une formation spécifique incluant la cérémonie du thé (chanoyu) et la poésie classique japonaise (waka ou haïku). Cette unité, composée de 940 employés, dépend de l’Agence nationale de la police et est rattachée à l’Autorité du personnel national. Son rôle ne se limite pas à la sécurité physique : elle participe aussi à l’organisation des cérémonies impériales, où l’étiquette et la tradition sont essentielles. Le policier Tatsumasa Fujimoto, vétéran de 59 ans avec plus de 20 ans de service, illustre ce double rôle. Il a été récompensé en 2026 par le prix du président de l’Autorité du personnel national pour son engagement, salué par l’empereur Naruhito et l’impératrice Masako lors d’une cérémonie au palais.

Formation et valeurs

La formation des policiers de la kogu-keisatsu repose sur des compétences traditionnelles japonaises, comme la maîtrise de la cérémonie du thé (chanoyu), un art codifié depuis des siècles qui symbolise l’harmonie, le respect et la pureté. Les agents étudient aussi la poésie classique, notamment les waka (poèmes de 31 syllabes) ou les haïku (poèmes de 17 syllabes), pour développer leur sensibilité et leur capacité à anticiper les situations. Ces disciplines visent à cultiver une présence discrète mais efficace, où l’observation et la réactivité priment sur la force brute. Tatsumasa Fujimoto, par exemple, a accompagné l’empereur lors de nombreuses sorties officielles, en moto ou en side-car, tout en veillant à préserver le protocole impérial. L’empereur a d’ailleurs souligné l’importance de cette approche, reconnaissant que la sécurité repose sur un travail d’équipe où chaque détail compte.

Contexte historique

La kogu-keisatsu a été créée en mai 1886 sous le nom de commissariat de police du palais impérial, à une époque où le Japon modernisait ses institutions après l’ère Meiji. Elle dépendait alors du ministère de la Maison impériale, avant d’être rattachée à l’Agence nationale de la police. Cette unité a traversé les bouleversements du XXe siècle, y compris la Seconde Guerre mondiale, tout en maintenant ses traditions. Aujourd’hui, elle incarne une forme de continuité entre le Japon traditionnel et contemporain, mêlant devoir de protection et préservation du patrimoine culturel. Son siège occupe d’ailleurs un bâtiment rénové, témoin de cette histoire longue de 140 ans. Le Mainichi Shimbun, l’un des plus anciens quotidiens japonais (fondé en 1872), a mis en lumière cette institution en 2026, soulignant son rôle unique dans la société japonaise.

Ce que ça pourrait changer

En février 2026, Tatsumasa Fujimoto a reçu le *prix du président* de l’Autorité du personnel national, une distinction rare qui récompense des fonctionnaires pour leur excellence. L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako ont personnellement exprimé leur gratitude lors d’une cérémonie au palais, un geste inhabituel qui souligne l’importance symbolique de cette unité. Cependant, la *kogu-keisatsu* fait face à des défis modernes, comme la gestion des risques liés aux déplacements impériaux dans un Japon urbain et connecté. Malgré cela, elle reste un pilier de la sécurité impériale, alliant discrétion, tradition et professionnalisme. Son existence même reflète une approche japonaise où la sécurité ne se réduit pas à la force, mais intègre aussi la culture et l’étiquette.

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