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Droit

L’Etat, garant des droits humains dans l’entreprise mondialisée : état des lieux des lois vigilance

Univ-Droit : droit privé · mis à jour 2 juil.

Conférence organisée par la Cour de cassation, le Conseil d'Etat, l'ENM, la SLC, l'IRJS, l'ISJPS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l'Ordre des avocats au Coneil d'Etat et à la Cour de cassation sous la direction scientifique de François Guy Trébulle, Doyen honoraire de l’Ecole de droit de la Sorbonne, Marie de Pinieux, MCF à l’Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne et Agnès Roblot Troizier, Professeur des universités – Université Paris 1 Panthéon-SorbonneLire la suite....

Entreprises mondialisées

Les entreprises mondialisées désignent des sociétés dont les activités s’étendent au-delà des frontières nationales, souvent pour optimiser leurs coûts ou accéder à de nouveaux marchés. Elles peuvent délocaliser leur production dans des pays où les normes sociales ou environnementales sont moins strictes, ce qui pose des défis en matière de respect des droits humains. Par exemple, une multinationale peut externaliser sa fabrication dans un pays où le salaire minimum est très bas ou où le travail des enfants est toléré, afin de réduire ses coûts de production. Ces pratiques soulèvent des questions éthiques et juridiques, notamment sur la responsabilité des entreprises en cas de violations des droits humains commises par leurs sous-traitants ou filiales à l’étranger. Les lois de vigilance, comme celles évoquées dans l’article, visent justement à encadrer ces comportements en imposant aux entreprises des obligations de surveillance et de prévention des risques sociaux ou environnementaux dans leurs chaînes de valeur mondiales.

Rôle de l’État

L’État joue un rôle central dans la protection des droits humains au sein des entreprises mondialisées. Il est chargé de garantir que les entreprises respectent les normes internationales, comme les principes directeurs des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme ou les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). Pour cela, il peut adopter des lois dites de vigilance, qui obligent les entreprises à identifier, prévenir et réparer les atteintes aux droits humains ou à l’environnement causées par leurs activités ou celles de leurs partenaires commerciaux. Par exemple, en France, la loi sur le devoir de vigilance de 2017 impose aux grandes entreprises de publier un plan de vigilance détaillant les risques liés à leurs activités et les mesures prises pour les atténuer. Ces lois visent à combler les lacunes des réglementations locales, souvent insuffisantes dans les pays où les entreprises délocalisent leur production.

Lois vigilance expliquées

Les lois de vigilance sont des textes législatifs qui obligent les entreprises à surveiller et à prévenir les risques sociaux, environnementaux ou de corruption dans leurs chaînes de production mondiales. Elles s’appliquent généralement aux grandes entreprises ou à celles cotées en bourse, et imposent trois obligations principales : identifier les risques (par exemple, le travail forcé dans une usine sous-traitante), prévenir ces risques (en modifiant les contrats avec les fournisseurs), et réparer les dommages causés (en indemnisant les victimes ou en mettant fin à une collaboration problématique). En Europe, la directive européenne sur le devoir de vigilance, adoptée en 2024, étend ces obligations à l’ensemble des États membres. En France, la loi de 2017 est l’une des premières à avoir instauré ce type de dispositif, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à 10 millions d’euros en cas de manquement.

Défis et limites

Malgré leur ambition, les lois de vigilance rencontrent plusieurs défis. D’abord, leur application est complexe, car les entreprises opèrent dans des pays aux législations différentes, où les normes sociales ou environnementales peuvent être peu contraignantes. Ensuite, le contrôle de leur mise en œuvre est souvent difficile, car les États peinent à vérifier les pratiques des sous-traitants situés à l’étranger. Enfin, ces lois peuvent être critiquées pour leur manque d’effectivité : par exemple, en France, aucune entreprise n’a encore été condamnée en vertu de la loi de 2017, malgré plusieurs signalements de manquements. Ces limites soulèvent des questions sur l’efficacité réelle de ces dispositifs et sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle ou de sanctions. Les débats portent aussi sur l’équilibre entre la protection des droits humains et la compétitivité économique des entreprises.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs interviennent dans la mise en œuvre des lois de vigilance. Les États ont un rôle clé en adoptant et en appliquant ces lois, mais aussi en coopérant avec d’autres pays pour harmoniser les normes. Les entreprises, quant à elles, doivent intégrer ces obligations dans leur gouvernance et publier des rapports transparents sur leurs risques. Les syndicats, les ONG et les victimes de violations des droits humains jouent également un rôle en signalant les manquements et en portant plainte. Par exemple, l’ONG *Sherpa* a porté plainte contre TotalEnergies en 2023 pour non-respect de la loi de vigilance française, en raison de soupçons de complicité dans des violations des droits humains en Ouganda. Enfin, les institutions internationales, comme l’ONU ou l’OIT, fournissent des cadres normatifs pour guider les États et les entreprises.

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