S’éviter un troisième Non
Les Québécois n’ont jamais eu l’intention de donner le feu vert à la tenue d’un référendum..
Les élections québécoises de 2026 ont confirmé un changement de majorité politique avec l’arrivée au pouvoir du Parti québécois (PQ) dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. Le PQ a obtenu 39 % des intentions de vote à la fin de 2025 selon le sondage Léger, un score qui reflétait davantage un rejet des autres partis, notamment la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault et le Parti libéral du Québec (PLQ) de Pablo Rodriguez, que d’une adhésion forte au PQ. Le PQ a finalement remporté le scrutin avec une marge de manœuvre plus large qu’en 2012, où il était minoritaire. Cependant, les Québécois ont clairement montré leur réticence à l’idée d’un troisième référendum sur l’indépendance, malgré les craintes évoquées d’un « troisième Non » catastrophique. Les électeurs ont ainsi évité de se prononcer directement sur cette question, préférant élire un gouvernement sans mandat clair pour organiser un tel scrutin.
Le Parti québécois (PQ) a vu son score s’effriter en fin de campagne, après avoir perdu 10 points dans les six premiers mois de 2026. Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas réussi à retrouver l’enthousiasme suscité en 2022, mais son parti a bénéficié de la lassitude des électeurs envers les autres formations politiques. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime est sorti grand gagnant du scrutin, remportant des sièges hors de sa région traditionnelle de Québec et Chaudière-Appalaches, notamment dans Arthabaska-L’Érable. Le PCQ pourrait devenir un acteur clé, même s’il devra éviter de donner une image de « bande de cabotins ». Québec solidaire (QS), avec Ruba Ghazal, a mené une meilleure campagne qu’en 2022, mais son score de 12 % des voix reste en deçà de son potentiel électoral. Le PLQ, avec Charles Milliard, a récolté 40 sièges, un résultat qui le place en position de force pour l’avenir, à condition de mieux répondre aux attentes des francophones sur la protection de la langue française.
La Coalition avenir Québec (CAQ), dirigée par Christine Fréchette, a subi un effondrement électoral aussi brutal que prévu par les sondages. Le parti, qui avait brièvement caressé l’idée de répéter le succès de Mark Carney en 2026, a perdu la majorité de ses sièges et voit sa cheffe battue dans sa circonscription de Trois-Rivières. Cet échec marque la fin d’une période où la CAQ avait attiré des électeurs fatigués par le débat constitutionnel, sans pour autant s’enraciner durablement. Contrairement à d’anciens partis canadiens comme le Parti progressiste-conservateur, qui avait perdu 154 sièges en 1993 avant de renaître, la CAQ ne dispose pas de bases suffisamment solides pour envisager un retour rapide. Son déclin illustre aussi les risques encourus par les partis dont l’expansion est trop rapide, comme l’avait montré l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 2007, qui était passée de 4 à 41 députés avant de s’effondrer en 2008.
Le nouveau gouvernement péquiste, bien que majoritaire, devra composer avec des finances publiques précaires, ce qui rendra difficile la tenue d’un référendum sur l’indépendance, même si les conditions « gagnantes » n’étaient déjà pas réunies. Le PQ pourrait s’appuyer tantôt sur le PCQ, tantôt sur QS pour faire adopter ses lois, mais les divergences idéologiques entre ces partis rendent une alliance stable improbable. QS, malgré son score modeste, pourrait jouer un rôle clé dans les années à venir, notamment pour contrer les tentations souverainistes du PQ. Le PLQ, avec 40 sièges, se positionne comme une alternative crédible, à condition de mieux répondre aux préoccupations linguistiques des Québécois. Enfin, le PCQ, en tant que deuxième groupe d’opposition, devra prouver sa maturité politique pour éviter de connaître le même sort que l’ADQ après son essor fulgurant en 2007.

