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Géopolitique

En Espagne, Pedro Sánchez a “atteint le sommet du mont du Calvaire” et se tourne vers les urnes

Courrier International · mis à jour 5 oct.

Après avoir échoué à faire approuver des mesures contre la crise du logement au Parlement, le Premier ministre socialiste a coupé court à son mandat en convoquant des législatives anticipées pour le dimanche 29 novembre. Il part de loin, estime la presse espagnole..

Crise du logement

En Espagne, la crise du logement s’est intensifiée en 2026, marquée par une spéculation immobilière accrue et des expulsions controversées. Le 23 septembre 2026, Maricarmen Abascal, 87 ans, a été expulsée de son logement après des décennies d’occupation, un événement qui a déclenché une mobilisation massive. Des manifestations ont eu lieu, notamment à la Puerta del Sol à Madrid, où des milliers de personnes ont occupé l’espace public pour protester contre la hausse des loyers et le manque de logements abordables. Cette crise a servi de catalyseur à des mesures gouvernementales, mais aussi à des tensions politiques, avec des partis opposés accusant le gouvernement de Sánchez de ne pas avoir agi suffisamment tôt ou efficacement.

Échec parlementaire

Le gouvernement de Pedro Sánchez, chef du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), a subi plusieurs échecs au Parlement espagnol (Congrès des députés) en 2026. Le 2 octobre 2026, deux décrets visant à répondre à la crise du logement ont été rejetés par les députés. Ce rejet s’inscrit dans une série d’échecs législatifs depuis 2023, où Sánchez n’a jamais réussi à obtenir une majorité parlementaire stable pour faire adopter ses projets de loi ou les budgets annuels. Le parti Junts, issu de la région catalane, a joué un rôle clé dans ces blocages en s’opposant systématiquement aux propositions du PSOE. Ces échecs ont affaibli la position du gouvernement et précipité la dissolution du Parlement.

Crise migratoire à Ceuta

En juillet 2026, la ville autonome espagnole de Ceuta, située en Afrique du Nord, a connu une crise migratoire majeure avec l’arrivée illégale de plus de 70 000 migrants en provenance du Maroc. Cette situation a mis en lumière les difficultés de l’Espagne à gérer ses frontières et l’immigration. L’opposition de droite, notamment le Parti populaire (PP) et le parti d’extrême droite Vox, a critiqué la gestion de cette crise par Pedro Sánchez, accusant son gouvernement de laxisme. Cette crise a également servi de levier politique pour l’opposition, qui a fait pression sur le Premier ministre pour qu’il agisse davantage sur le front migratoire.

Dissolution du Parlement

Face à l’accumulation des échecs législatifs et à la pression sociale, Pedro Sánchez a annoncé le 5 octobre 2026 la dissolution du Parlement espagnol et la convocation d’élections législatives anticipées pour le 29 novembre 2026. Cette décision intervient après l’incapacité du gouvernement à faire adopter des mesures contre la crise du logement et dans un contexte de mobilisations populaires. Sánchez, dont le gouvernement était décrit comme « à bout de souffle », a justifié cette dissolution par la nécessité de sortir de l’impasse politique. Cette manœuvre lui offre une dernière occasion de mobiliser ses électeurs avant le scrutin.

Stratégies des partis

À deux mois des élections, les partis politiques espagnols ont déjà défini leurs stratégies. La gauche, menée par le PSOE de Sánchez, mise sur les questions sociales, notamment la crise du logement, pour mobiliser son électorat. La droite, composée du Parti populaire (PP) et de l’extrême droite Vox, axe sa campagne sur la crise migratoire de Ceuta et les affaires judiciaires impliquant des proches de Sánchez et son parti. Les sondages donnent un avantage à l’opposition, mais la mobilisation populaire récente pourrait changer la donne. Sánchez tente également une dernière manœuvre en faisant adopter des décrets similaires à ceux rejetés, mais cette fois via un organe restreint du Parlement, la députation permanente.

Ce que ça pourrait changer

Malgré une croissance du PIB supérieure à celle des autres grandes économies européennes, l’Espagne peine à traduire cette performance économique en amélioration du bien-être de ses citoyens. Les avancées statistiques, comme la création d’emplois, ne se sont pas accompagnées d’une hausse proportionnelle du niveau de vie ou de la satisfaction des Espagnols. Cette situation illustre un décalage entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité vécue par la population, ce qui nourrit le mécontentement social et affaiblit la légitimité du gouvernement en place. Les partis d’opposition exploitent ce décalage pour critiquer la gestion économique de Sánchez.

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