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Géopolitique

Au Burkina Faso, des journalistes forcés de prendre part à une “immersion patriotique”

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Entre le 9 et le 14 août, plus de 40 journalistes burkinabè ont suivi une formation militaire dans un camp de la police à proximité de Ouagadougou. Une nouvelle illustration du poids croissant de la propagande burkinabè, qui entend faire marcher la presse au pas..

Formation militaire forcée

Entre le 9 et le 14 août 2026, plus de 40 journalistes burkinabè ont été contraints de participer à une formation militaire dans un camp de la police situé à Pabré, près de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Cette initiative, appelée immersion patriotique obligatoire, incluait des exercices comme la marche au pas, le maniement d’armes (kalachnikov et pistolet automatique), ainsi que des simulations de combat dans des conditions difficiles. Les participants, vêtus de treillis militaires, ont été encadrés par des instructeurs militaires et des responsables politiques. Le ministre burkinabè de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouedraogo, a souligné lors d’un discours que le patriotisme était une obligation pour les journalistes, affirmant qu’un professionnel des médias non patriote représentait une menace pour le pays. Cette formation s’inscrit dans un contexte où le gouvernement burkinabè cherche à militariser davantage la société.

Objectifs officiels

Selon les autorités burkinabè, cette immersion patriotique a pour but de familiariser les journalistes avec les réalités des forces de défense et de sécurité, engagées dans la lutte contre les groupes armés qui menacent le pays. Le gouvernement présente cette initiative comme un moyen d’inculquer le civisme et de créer une nouvelle génération de citoyens conscients, capables de contribuer à la construction d’un Burkina nouveau. Le ministère de la Communication a également évoqué la volonté de transformer qualitativement le paysage médiatique en formant des journalistes engagés et patriotes. Bienzi Didier Paré, vice-président de la cellule d’orientation et de suivi, a expliqué que cette formation visait à remplir la tête des participants de la bonne idéologie pour en faire des acteurs alignés sur les valeurs du régime. Le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire depuis 2022, et le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État, est perçu comme déterminé à militariser différentes couches de la société.

Réactions et critiques

Cette initiative a suscité des réactions vives de la part d’organisations de défense de la liberté de la presse et de médias indépendants. L’ONG Reporters sans frontières a rappelé que les journalistes ne devaient pas être assimilés à des militaires ni intégrés à l’effort de guerre, soulignant que leur rôle était de rendre compte des faits de manière neutre et critique. Le média panafricain Sahel Horizon, composé de journalistes burkinabè en exil, a critiqué cette formation en affirmant que un journaliste n’est pas un soldat sans uniforme et qu’il ne doit pas recevoir d’ordres militaires. Le site a également dénoncé une militarisation croissante de la société burkinabè, citant des exemples similaires comme l’obligation pour les bacheliers de suivre une immersion patriotique avant toute inscription universitaire, ou encore la formation militaire imposée aux enseignants et aux sportifs des équipes nationales. Ces mesures sont perçues comme une tentative de transformer les journalistes en instruments d’alignement idéologique.

Contexte politique

Le Burkina Faso traverse une période de crise politique et sécuritaire marquée par la présence de groupes armés djihadistes dans le nord et l’est du pays. Depuis le coup d’État de 2022, la junte militaire au pouvoir, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, a renforcé son contrôle sur les institutions et la société civile. Le régime est régulièrement accusé de restreindre les libertés, notamment la liberté de la presse, avec des arrestations et des disparitions forcées de journalistes critiques. Par exemple, le journaliste d’investigation Atiana Serge Oulon a été enlevé en juillet 2026 après avoir refusé de se soumettre aux pressions du pouvoir. Cette immersion patriotique s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle de l’information et de propagande, visant à consolider le soutien à la junte auprès de la population.

Ce que ça pourrait changer

Cette formation n’est pas une première au Burkina Faso. Le 27 juillet 2026, une *immersion patriotique obligatoire* avait déjà été imposée aux bacheliers, avec pour objectif de *les préparer à devenir des citoyens engagés* dans la construction du pays. D’autres groupes professionnels, comme les enseignants et les sportifs des équipes nationales, ont également été soumis à des exercices militaires avant d’exercer leurs fonctions. Le 17 juillet 2026, des cadres civils de la présidence et des services rattachés avaient suivi une *formation militaire patriotique* au camp d’entraînement Commando de Pô. Ces mesures illustrent une tendance à la militarisation de la société, où chaque groupe professionnel est appelé à afficher son soutien au régime, sous peine de sanctions ou d’exclusion.

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