Sans faire exprès, des chercheurs anglais découvrent comment faciliter et verdir le développement des médicaments
Une avancée scientifique majeure permet de transformer les médicaments sans métaux lourds grâce à une réaction chimique lumineuse, promettant un avenir plus durable pour l'industrie pharmaceutique..
Des chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) ont fait une découverte inattendue en étudiant des réactions chimiques pour d’autres applications. En optimisant des processus de synthèse de molécules, ils ont remarqué que certaines méthodes permettaient de produire des composés pharmaceutiques (médicaments) de manière plus simple, rapide et écologique. Cette avancée, bien que non prévue initialement, pourrait révolutionner la pharmacie industrielle. Les scientifiques ont utilisé des catalyseurs (substances accélérant les réactions chimiques) et des solvants verts (substituts moins polluants aux solvants traditionnels comme le pétrole), réduisant ainsi l’impact environnemental des procédés de fabrication des médicaments.
La méthode mise au point par les chercheurs anglais présente plusieurs bénéfices pour l’environnement. D’abord, elle limite l’utilisation de solvants organiques (comme le chloroforme ou l’acétone), souvent toxiques et issus de ressources fossiles. Ensuite, elle réduit la quantité de déchets chimiques générés lors de la production de médicaments, un enjeu majeur dans l’industrie pharmaceutique qui produit annuellement des millions de tonnes de déchets. Enfin, cette approche utilise des réactions chimiques plus efficaces, ce qui diminue la consommation d’énergie et les émissions de CO₂ (gaz à effet de serre) associées. Par exemple, certaines étapes de synthèse nécessitent jusqu’à 90 % moins de solvants que les méthodes classiques.
Les chercheurs ont montré que leur technique permet de synthétiser des molécules médicamenteuses en moins d’étapes que les méthodes traditionnelles. Traditionnellement, la fabrication d’un médicament peut prendre jusqu’à 10 à 15 étapes chimiques successives, chacune nécessitant des purifications complexes et coûteuses en temps et en ressources. Avec cette nouvelle approche, certaines molécules peuvent être produites en seulement 2 ou 3 étapes, ce qui accélère considérablement le processus. Cette simplification réduit aussi les coûts de production, un avantage économique majeur pour les laboratoires pharmaceutiques. Par ailleurs, elle minimise les risques d’erreurs ou de contamination, améliorant ainsi la qualité des médicaments.
Bien que l’étude se concentre sur des molécules modèles, les chercheurs estiment que cette méthode pourrait s’appliquer à une large gamme de médicaments, notamment ceux utilisés pour traiter des maladies chroniques comme le cancer, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Par exemple, certains anticancéreux ou antibiotiques pourraient être produits de manière plus durable. Les scientifiques travaillent désormais à adapter cette technique à des molécules plus complexes, en collaboration avec des partenaires industriels. Cette innovation pourrait aussi inspirer d’autres secteurs de la chimie, comme la production de plastiques ou de cosmétiques, pour les rendre plus respectueux de l’environnement.
Cette découverte s’inscrit dans un contexte où l’industrie pharmaceutique est de plus en plus critiquée pour son *bilan carbone* et sa production de déchets. En 2023, le secteur a émis environ 55 millions de tonnes de *CO₂*, soit 2 % des émissions mondiales, selon des estimations. Les régulateurs européens et américains poussent désormais les laboratoires à adopter des pratiques plus durables. Les chercheurs de Cambridge soulignent que leur méthode pourrait aider à atteindre ces objectifs, tout en maintenant des coûts compétitifs. À plus long terme, cette avancée pourrait contribuer à une *pharmacie circulaire*, où les déchets sont réutilisés ou recyclés, réduisant encore davantage l’impact environnemental.

