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Fées, lutins et extraterrestres, comment le pic de Bugarach a donné vie aux mythes les plus fous

Science & Vie · mis à jour il y a 19 j

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la quatrième étape, le 7 juillet, entre Carcassone et Foix, fait passer les coureurs par le pic de Bugarach, dans les Corbières.

Origine du nom Bugarach

Le pic de Bugarach tire son nom de deux influences linguistiques distinctes. D’abord, le terme pueg ou puech vient de l’occitan et désigne un site élevé, issu lui-même du latin podium. Ensuite, la seconde partie, Bugarach, proviendrait du latin bulgarus, signifiant « bougres » ou « hérétiques ». Ce mot fait référence aux ancêtres des cathares, un mouvement religieux médiéval considéré comme hérétique par l’Église catholique. Cette double étymologie reflète l’histoire mouvementée de la région, marquée par des conflits religieux et des croyances populaires.

Légendes médiévales

Dès le Moyen Âge, le pic de Bugarach est associé à des légendes mettant en scène des créatures fantastiques. Selon une mythologie romaine, deux lutins nommés Bug et Arach auraient imploré Jupiter de protéger la plaine de l’Aude, régulièrement ravagée par le vent Cers. En réponse, le dieu aurait érigé ce promontoire, donnant ainsi son nom à la montagne. Plus tard, avec l’émergence du catharisme, de nouvelles rumeurs ont circulé, évoquant des trésors cachés, comme celui des cathares, des Templiers, des Wisigoths ou même le Saint-Graal. Certains ont même suggéré que la montagne abritait l’Arche d’alliance, contenant les tables de la loi données à Moïse.

Mythes modernes New Age

À partir des années 1960, le pic de Bugarach devient un lieu de prédilection pour les mouvements New Age et les amateurs de phénomènes inexpliqués. Certains y voient une base extraterrestre cachée dans son réseau karstique, un réseau de cavités naturelles formé dans le calcaire depuis environ 10 millions d’années. Ces croyances s’appuient sur l’idée que la montagne serait un « haut lieu énergétique », capable d’ouvrir des « plans de conscience supérieurs » ou de provoquer des « distorsions du temps ». En 2012, ces mythes atteignent leur apogée avec une rumeur annonçant la fin du monde pour le 21 décembre, faisant du pic un refuge pour les « élus » grâce à un hypothétique vaisseau extraterrestre transformé en arche de Noé.

Interdiction de 2012

En novembre 2012, la préfecture de l’Aude prend la décision radicale d’interdire l’accès au pic de Bugarach et à ses galeries souterraines, ainsi que le survol de la montagne, entre le 19 et le 23 décembre. Cette mesure fait suite à la propagation d’une rumeur selon laquelle la montagne serait une « montagne inversée », épargnée lors de l’apocalypse annoncée. En réalité, cette inversion est une illusion géologique : les couches supérieures de la montagne sont plus anciennes que les couches inférieures, mais elle n’a pas de propriétés magiques. La préfecture agit pour éviter une affluence massive de personnes convaincues par cette théorie.

Formation géologique unique

La morphologie particulière du pic de Bugarach s’explique par des processus géologiques vieux de 50 millions d’années. Lors de la formation des Pyrénées, la péninsule Ibérique s’est rapprochée de la France, créant un relief par compression des terrains. Certains plis se sont couchés et délaminés, comme les pages d’un livre souple, sous l’effet de couches plastiques comme le sel et le gypse déposés il y a 250 millions d’années (période du Trias). L’érosion a ensuite sculpté ces plis, laissant apparaître des couches verticales et des pics. Cette structure donne l’illusion d’une « montagne inversée », car les couches supérieures (Jurassique, 135 millions d’années) sont plus anciennes que les couches inférieures (Crétacé, 80 millions d’années).

Rôle historique du méridien

Le pic de Bugarach occupe une place inattendue dans l’histoire des sciences. À la fin du XVIIIe siècle, les astronomes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain y ont posé l’un des jalons fondateurs du système métrique universel. Ils ont mesuré un arc terrestre entre Dunkerque et Barcelone, soit le quart d’un méridien, afin de définir le mètre étalon comme la dix-millionième partie de ce quart de méridien. Ce travail, poursuivi par François Arago, a permis d’établir une unité de mesure standardisée, utilisée aujourd’hui dans le monde entier. Le méridien 0 passe d’ailleurs à seulement 2 kilomètres du pic.

Ce que ça pourrait changer

La combinaison de sa géologie insolite et de son histoire religieuse a fait du pic de Bugarach un terrain fertile pour les mythes. La présence de couches géologiques inversées, bien que scientifiquement expliquée, a nourri des interprétations magiques. Le réseau karstique de la montagne, avec ses nombreuses cavités, a été perçu comme un refuge potentiel pour des trésors ou des civilisations cachées. Ces éléments, couplés à des événements historiques comme la persécution des cathares, ont alimenté des récits de portes galactiques, d’inversions magnétiques ou de sanctuaires secrets. Aujourd’hui encore, le site continue de fasciner, attirant à la fois des scientifiques et des adeptes de théories alternatives.

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