Les orques et les dauphins auraient atteint un point évolutif de « non retour » : ils n’iront plus jamais fouler la terre ferme
Il y a des dizaines de millions d'années, les ancêtres des baleines ont quitté la terre ferme pour l'océan. Aujourd'hui, leurs descendants ne pourraient plus refaire le chemin en sens inverse.
Une étude de l’université de Fribourg, publiée en juillet 2023 dans la revue Proceedings of the Royal Society B, révèle que les baleines, dauphins et lamantins ont atteint un point évolutif de « non-retour ». Ces animaux, descendants d’ancêtres terrestres ayant migré vers les océans il y a des dizaines de millions d’années, ne peuvent plus revenir vivre sur la terre ferme. Ce phénomène s’applique aussi bien aux orques qu’aux dauphins ou aux cétacés en général. Leur adaptation à la vie aquatique est désormais irréversible, marquant la fermeture définitive d’une porte évolutive ouverte il y a des millions d’années.
Les chercheurs ont identifié un seuil précis dans l’évolution des mammifères marins : dès qu’une lignée dépasse le stade semi-aquatique, comme celui des phoques ou des loutres de mer, le retour à une vie terrestre devient impossible. Ce point de non-retour marque la fin d’une phase où les ancêtres des cétacés pouvaient encore alterner entre terre et eau. L’étude a analysé 5 635 espèces de mammifères, soit la quasi-totalité des espèces actuelles, pour tracer cette frontière évolutive. Parmi elles, seulement 186 espèces, soit 3 %, ne quittent jamais l’eau, illustrant l’ampleur de cette adaptation irréversible.
Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe de recherche a reconstruit l’arbre généalogique des mammifères en classant chaque espèce selon son degré d’adaptation à la vie aquatique. Les scientifiques ont identifié 37 transitions vers une vie semi-aquatique et seulement 22 retours en arrière vers une vie terrestre parmi les espèces étudiées. Cette analyse a permis de montrer que, une fois une lignée engagée dans une voie aquatique avancée, les contraintes évolutives rendent impossible un retour en arrière. L’étude s’appuie sur des données génétiques et morphologiques pour étayer ces observations.
Cette découverte a des implications majeures pour la compréhension de l’évolution des mammifères marins. Elle explique pourquoi, malgré des millions d’années d’évolution, aucun cétacé n’a pu réinvestir les terres. Les dauphins, orques et baleines, bien que proches des mammifères terrestres par leur ancêtre commun, sont désormais condamnés à une existence strictement aquatique. Cette adaptation irréversible souligne la fragilité des équilibres évolutifs et la difficulté pour une espèce de revenir en arrière une fois une voie prise.
Publiée dans une revue scientifique reconnue, cette étude offre une vision nouvelle sur les limites de l’évolution. Elle montre que certaines voies évolutives, une fois engagées, deviennent des impasses définitives. Les chercheurs de l’université de Fribourg ont ainsi contribué à éclairer un mécanisme fondamental de la biologie évolutive. Leurs travaux pourraient inspirer des recherches similaires sur d’autres groupes d’animaux, comme les reptiles marins ou les oiseaux aquatiques, pour comprendre si des mécanismes similaires s’appliquent à eux.

