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Environnement

Stars de Tiktok, les cosmétiques coréens pour une «beauté naturelle» contiennent des substances toxiques à risque pour la santé

Vert.eco · mis à jour 2 juil.

Vert a passé au crible plus d’une cinquantaine de cosmétiques coréens vendus en France. Derrière la promesse d’une peau éclatante, nous avons identifié un cocktail de substances controversées : des polluants et des perturbateurs endocriniens suspectés..

La K-beauty en France

Les produits de K-beauty (beauté coréenne) connaissent un essor important en France depuis les années 2010, popularisés par les influenceuses et soutenus par le gouvernement sud-coréen. En 2025, la Corée du Sud est devenue la deuxième plus grande exportatrice mondiale de cosmétiques, juste derrière la France. Le marché français de la K-beauty a généré plus de 5 milliards d’euros de revenus en 2025, avec une projection à 12 milliards d’euros d’ici 2033. Ces produits, souvent fabriqués en Corée du Sud, sont distribués dans des enseignes comme Sephora, Action, Amazon ou des boutiques spécialisées (MiiN, Korean Skincare). La cible principale est les 18-30 ans, mais les préados (8-12 ans) représentent une part croissante des consommateurs.

Routine skincare et influence

Les routines de skincare (soin de la peau) inspirées de la tradition coréenne impliquent l’application quotidienne de plusieurs produits : baumes démaquillants, gels nettoyants, lotions, sérums et crèmes. Cette pratique, souvent suivie en direct par des influenceuses comme Rose Lucy sur TikTok, peut atteindre six produits par routine. En Asie, la protection solaire est une priorité culturelle, ce qui explique l’intégration fréquente de filtres UV dans les cosmétiques du quotidien, même si ces produits ne sont pas des crèmes solaires. Les influenceuses jouent un rôle clé dans la démocratisation de ces routines, avec des millions d’abonnés suivant leurs conseils.

Substances toxiques identifiées

Une enquête de Vert a analysé une cinquantaine de produits de K-beauty vendus en France. Parmi eux, plus d’une dizaine contiennent des substances à risque pour la santé : perturbateurs endocriniens, cancérogènes possibles ou toxiques pour l’environnement. Par exemple, la marque Erborian, distribuée par Sephora, propose des crèmes comme la CC Eye ou la CC Dull Correct contenant jusqu’à sept substances problématiques, dont quatre filtres UV. Ces derniers, comme l’éthylhexyl méthoxycinnamate (octinoxate) ou le nano-dioxyde de titane, sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens ou cancérogènes.

Risques des filtres UV

Les filtres UV intégrés dans les cosmétiques de K-beauty ne sont pas conçus pour remplacer une crème solaire. Selon Zoé Kerlo, toxicologue chez Yuka, leur quantité est trop faible pour être efficace. Céline Couteau, spécialiste des cosmétiques à l’université de Nantes, souligne que leur utilisation massive expose à des risques pour la santé cutanée, notamment en raison de leur potentiel de perturbation endocrinienne. Les filtres UV comme l’éthylhexyl salicylate ou le nano-oxyde de zinc sont également toxiques pour les écosystèmes aquatiques, notamment les coraux et les algues.

Le butyloctyl salicylate en question

Le butyloctyl salicylate est une substance controversée présente dans plusieurs produits Erborian, comme la CC Crème ou la BB Crème. Bien qu’il ne soit pas officiellement classé comme filtre UV, il est utilisé pour renforcer l’efficacité des filtres existants. Selon les expertes interrogées, cette utilisation est anarchique car le butyloctyl salicylate n’apparaît pas dans la liste européenne des filtres UV autorisés. Il est suspecté d’être reprotoxique (risque pour le fœtus) et perturbateur endocrinien. La marque Erborian promet de reformuler certains produits d’ici 2027, mais d’autres marques comme Torriden ou Beauty of Joseon continuent de l’utiliser.

Conservateurs à surveiller

Les conservateurs, indispensables pour éviter la prolifération bactérienne, posent aussi des problèmes de santé. Le BHA (butylhydroxyanisole), présent dans la crème pour les yeux de Some by Mi, est classé comme cancérogène possible par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer). Un avis européen de mars 2026 recommande de limiter sa concentration à 0,07%, mais cette limite n’est pas contraignante. Le BHT (butylhydroxytoluène), présent dans un masque de nuit de Laneige, est toxique pour les organismes aquatiques et suspecté de perturber la thyroïde. Le phénoxyéthanol, très répandu dans les produits de K-beauty, pourrait affecter le foie ou la fertilité en cas d’exposition répétée.

Réactions des marques et régulation

Les marques concernées par les substances à risque, comme Erborian ou Torriden, se défendent en affirmant respecter la réglementation européenne. Erborian indique avoir supprimé certaines substances problématiques et promet des reformulations pour 2027. Torriden et Beauty of Joseon estiment que leurs produits sont conformes aux exigences légales. Cependant, les spécialistes comme Céline Couteau critiquent une utilisation hors-piste de certaines substances, en l’absence de restrictions claires. Les experts appellent à une meilleure régulation et à plus de transparence sur les compositions.

Ce que ça pourrait changer

L’exposition répétée à ces substances peut avoir des conséquences sur la santé humaine, notamment en perturbant le système hormonal ou en augmentant les risques de cancer. Les filtres UV et certains conservateurs sont également nocifs pour l’environnement, notamment pour les écosystèmes aquatiques. Les spécialistes soulignent que l’accumulation de ces produits dans les routines quotidiennes aggrave les risques. Ils recommandent de limiter l’usage des cosmétiques contenant ces substances et de privilégier des alternatives plus sûres, tout en rappelant que les crèmes solaires restent indispensables pour une protection efficace contre les UV.

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