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Géopolitique

Après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, “la fin de la démocratie en Allemagne n’est plus inconcevable”

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

En recueillant, le 6 septembre, près de 44 % des suffrages en Saxe-Anhalt, un parti d’extrême droite pourrait, pour la première fois depuis 1945, gouverner un Land. Il s’agit d’une “très grave menace pour la démocratie”, s’inquiète le rédacteur en chef du “Spiegel”, hebdomadaire de référence..

Victoire historique AfD

L’AfD (Alternative für Deutschland, « Alternative pour l’Allemagne ») a remporté 44 % des suffrages lors des élections régionales en Saxe-Anhalt le 6 septembre 2026. Ce score, jamais atteint par ce parti d’extrême droite depuis sa création en 2013, marque un tournant politique en Allemagne. Pour la première fois depuis 1945, un parti ouvertement critique envers les fondements démocratiques du pays pourrait diriger un Land (région allemande). Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, a mené une campagne axée sur un discours accessible tout en s’appuyant sur des figures controversées, sans renier les liens de certains de ses partisans avec des symboles nazis ou des actes de harcèlement envers les journalistes. Ce résultat est qualifié de « très grave menace pour la démocratie » par le rédacteur en chef du Spiegel, un hebdomadaire allemand de référence.

Contexte historique

L’Allemagne, consciente de son passé nazi (1933-1945), a construit son système politique après 1945 sur des principes stricts de démocratie, de respect des droits humains et de rejet de l’extrémisme. L’AfD, souvent comparé à d’autres mouvements populistes européens, est perçu comme un parti qui remet en cause ces fondements. Par exemple, certains de ses membres ont minimisé la responsabilité de l’Allemagne dans l’Holocauste ou ont utilisé des discours xénophobes. Le fait qu’un tel parti obtienne un score aussi élevé dans une région de l’ex-Allemagne de l’Est (Saxe-Anhalt) soulève des questions sur les divisions persistantes entre l’Est et l’Ouest du pays, ainsi que sur la montée des frustrations économiques et sociales dans ces territoires.

Réactions politiques

Le chancelier allemand Friedrich Merz, chef du gouvernement, a réagi avec consternation à cette victoire, qualifiant la situation de « minuit pour la démocratie ». Les partis traditionnels allemands, comme la CDU (Christlich Demokratische Union Deutschlands, parti chrétien-démocrate) ou le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, parti social-démocrate), sont sous pression face à cette percée de l’extrême droite. Merz, représenté dans un dessin de presse comme poursuivi par des figures de l’AfD, incarne la crainte d’une normalisation de l’extrémisme en Allemagne. Les réactions internationales, notamment en Europe, sont également vives, car cette avancée pourrait inspirer d’autres mouvements populistes sur le continent.

Enseignements clés

L’article identifie cinq enseignements majeurs tirés de cette élection. Le premier est que l’affichage public d’idées d’extrême droite n’est plus un repoussoir électoral en Allemagne, contrairement à ce qui était observé par le passé. Deuxièmement, la stratégie de l’AfD, mêlant un discours populiste et des figures radicales, a séduit une partie de l’électorat. Troisièmement, cette victoire illustre une radicalisation progressive de la société allemande, où les clivages politiques traditionnels s’effritent. Quatrièmement, elle pose la question de la résilience des institutions démocratiques face à une montée des extrêmes. Enfin, elle révèle les tensions persistantes entre les régions de l’Est et de l’Ouest de l’Allemagne, où l’AfD réalise ses meilleurs scores.

Ce que ça pourrait changer

Le *Spiegel* et d’autres observateurs craignent que cette victoire ne marque un tournant dangereux pour la démocratie allemande. L’AfD, bien que divisé entre modérés et radicaux, a toujours été critiqué pour son manque de distance avec l’héritage nazi et ses positions anti-immigration. Son arrivée au pouvoir dans un *Land* pourrait normaliser des discours et des politiques incompatibles avec les valeurs démocratiques européennes. Par exemple, l’AfD propose des restrictions sur la liberté de la presse, des remises en cause des droits des minorités ou des alliances avec des régimes autoritaires. Cette situation rappelle que la démocratie n’est pas un acquis définitif, mais un équilibre fragile à défendre en permanence.

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