Faut-il retirer le dessin animé russe “Masha et Michka” des plateformes britanniques ?
Destiné aux tout-petits, le dessin animé “Masha et Michka” fait pourtant grincer des dents les plus grands outre-Manche. Les aventures de cette fillette russe et de son ours suscitent la controverse au Royaume-Uni, où des députés exigent son retrait des plateformes, dénonçant une forme de propagande et de “militarisation” des enfants..
Le dessin animé russe Masha et Michka (Masha and the Bear en anglais), destiné aux enfants d'âge préscolaire, est au cœur d'une polémique au Royaume-Uni. Produit par un studio russe, cette série animée suit les aventures de Masha, une fillette habillée d'une capuche rose, et de son ami Michka, un ours brun, dans une forêt lointaine. Popularisée sur YouTube, la série est également disponible sur des plateformes comme Netflix, ITVX et Canal+ en France. Son succès est tel qu'elle compte parmi les contenus les plus regardés par les jeunes publics sur ces plateformes.
Un groupe de 50 députés britanniques, issus de divers partis politiques, a dénoncé Masha et Michka pour son utilisation présumée de soft power russe. Selon eux, la série servirait d'outil de propagande en glorifiant des symboles militaires soviétiques à travers des costumes portés par les personnages. Ces accusations sont soutenues par le Centre ukrainien de lutte contre la désinformation et le ministre estonien des Affaires étrangères. Le député libéral-démocrate Tom Gordon a évoqué une militarisation des enfants, bien qu'il n'ait pas suggéré une incitation à la violence, mais plutôt une influence idéologique subtile.
Cette polémique s'inscrit dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et l'Occident, notamment depuis le conflit en Ukraine. Les accusations de propagande s'appuient sur des craintes de manipulation culturelle et idéologique, où les contenus médiatiques pour enfants pourraient servir à normaliser des valeurs ou des symboles associés au pouvoir russe. Le Royaume-Uni, comme d'autres pays européens, surveille de près les influences étrangères dans les médias accessibles à sa jeunesse.
Les députés britanniques ont adressé une lettre aux plateformes pour exiger le retrait de la série, estimant qu'elle ne devrait pas être accessible aux enfants britanniques. Cette demande soulève des questions sur la responsabilité des plateformes comme Netflix ou YouTube dans la diffusion de contenus culturels étrangers, surtout en période de conflit. En France, la série reste disponible sur plusieurs plateformes, sans que des mesures similaires n'aient été annoncées à ce jour.
Le *soft power* désigne la capacité d'un pays à influencer les opinions et comportements d'autres nations par des moyens culturels, comme les films, la musique ou les séries, plutôt que par la force militaire. Dans le cas de *Masha et Michka*, les costumes militaires soviétiques portés par certains personnages sont interprétés comme une tentative de réhabilitation de l'image de la Russie à travers sa culture populaire. Ce débat illustre les tensions autour de l'utilisation de la culture comme outil politique.

