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Généraliste

Le 400 mètres haies géopolitique des marchés

Le Devoir · mis à jour 28 sept.

Un parcours mouvementé est en vue, mais les obstacles restent franchissables d’ici 2028..

Déclin de la mondialisation

Selon Matt Gertken, expert en risques macroéconomiques et géopolitiques chez BCA Research, la mondialisation est en déclin progressif sans disparaître totalement. Ce phénomène s'explique par un changement de priorités : la sécurité économique prime désormais sur l'efficacité. Chaque pays doit identifier ses goulots d'étranglement économiques, c'est-à-dire les points de vulnérabilité qui pourraient perturber son approvisionnement. Par exemple, le détroit d'Ormuz est crucial pour le pétrole, Taïwan pour les semi-conducteurs, et l'Ukraine pour le blé. Cette logique pousse les États à privilégier des chaînes d'approvisionnement locales ou régionales, moins dépendantes des tensions internationales, tout en maintenant des liens commerciaux globaux.

Prix du pétrole et inflation

L’investisseur a souvent tendance à se focaliser sur le prix du pétrole, car il influence directement les coûts de production et de transport. Cependant, Matt Gertken souligne que la corrélation entre le prix du baril et le rendement des obligations américaines à dix ans (un indicateur clé pour les taux d’intérêt à long terme) n’est pas toujours causale. Depuis des décennies, cette corrélation n’a jamais été aussi forte, mais elle pourrait être le reflet d’une même cause : l’instabilité géopolitique. Actuellement, un baril entre 90 et 100 dollars américains est déjà intégré dans les prévisions des marchés. Pour que le taux à dix ans atteigne 6 %, il faudrait un autre facteur, comme une hausse des salaires ou des loyers, qui alimenterait l’inflation. Or, ces éléments ne montrent pas de signe d’accélération : le marché du travail est stable, la syndicalisation reste faible, et l’automatisation réduit le pouvoir de négociation des employés.

Stratégie iranienne et équilibre fragile

L’Iran mène une stratégie subtile pour maintenir le prix du pétrole autour de 90 dollars, en alternant entre négociations et actions coercitives. Ces dernières peuvent prendre la forme d’attaques ou de blocus maritimes, parfois menés par des groupes alliés comme les Houthis au Yémen ou le Hezbollah en Irak. L’objectif est d’épuiser la détermination des États-Unis sans fermer le détroit d’Ormuz, qui est une artère vitale pour le transport du pétrole. Un baril à 150 dollars déclencherait une réponse militaire massive et une récession mondiale, ce que ni Washington ni Téhéran ne souhaitent. BCA Research estime que l’équilibre actuel se situe entre 80 et 110 dollars, avec une période d’agitation probable jusqu’aux élections américaines de mi-mandat en novembre 2026, suivie de négociations en 2027 sur le détroit d’Ormuz et le programme nucléaire iranien.

Impact sur les élections américaines

Le prix du pétrole pourrait jouer un rôle décisif dans les élections de mi-mandat aux États-Unis, prévues le 3 novembre 2026. BCA Research estime à 50 % les chances que les démocrates reprennent le Sénat, une victoire qui serait favorisée par l’exaspération des électeurs face à l’inflation et au coût élevé de l’essence. À l’inverse, une baisse du prix du baril avant cette date pourrait sauver aux républicains le siège qui leur permettrait de conserver la Chambre des représentants. Les marchés financiers ne semblent pas trop inquiets : depuis 1994, lorsque le parti présidentiel a perdu le contrôle des deux chambres, l’indice S&P 500 a enregistré un rendement réel de 17,2 % sur les douze mois suivants, bien que ce résultat repose sur seulement deux cas (1994 et 2006).

Tensions commerciales Canada-États-Unis

Le Canada se trouve directement menacé par les tensions commerciales avec les États-Unis. Washington menace d’imposer dès le 1er janvier 2027 des tarifs douaniers de 50 % sur les automobiles et les camions canadiens, qui représentent une part importante des exportations du pays. Malgré cela, Matt Gertken de BCA Research estime que cet affrontement devrait se résoudre sans crise majeure. Le Canada peut atténuer l’impact de ces mesures, mais avec une économie dont environ un cinquième du PIB dépend des exportations vers les États-Unis, des négociations seront inévitables, probablement en 2027. Les États-Unis ont aussi leurs propres contraintes : même s’il ne peut pas briguer un troisième mandat, Donald Trump a intérêt à ce que son camp l’emporte en 2028, et deux années de tarifs sur l’automobile compliqueraient la tâche des républicains dans des États clés comme le Michigan.

Diversification des investissements

Pour BCA Research, il ne s’agit pas de se désengager des États-Unis, mais de diversifier les investissements en achetant des actifs dans le reste du monde. Si des cessez-le-feu se concrétisent en Ukraine et au Moyen-Orient, le capital mondial pourrait continuer à se tourner vers d’autres régions, motivé par l’instabilité budgétaire américaine et un cycle d’investissement mondial axé sur la sécurité. Cette rotation des capitaux pourrait s’étaler sur un horizon de 12 à 24 mois. D’ici trois à six mois, un pétrole cher et un dollar fort pourraient encore avantager les actifs américains. Ces prévisions ne constituent pas une recommandation d’investissement, mais une analyse des tendances possibles.

Ce que ça pourrait changer

Le prochain rendez-vous politique majeur aux États-Unis est prévu en 2028. BCA Research anticipe qu’une gauche démocrate recentrée sur la redistribution pourrait l’emporter et augmenter les impôts sur le revenu des particuliers, sur les sociétés, ainsi que sur les gains en capital dès 2029. Le seul consensus qui émerge concerne le prix du pétrole. Par ailleurs, le salaire minimum fédéral américain est resté bloqué à 7,25 dollars de l’heure depuis 2009, bien que de nombreux États aient relevé leur propre salaire minimum. Selon Oxfam, en 2024, près de 39 millions d’Américains, soit un travailleur sur quatre, gagnaient moins de 17 dollars de l’heure. Ces travailleurs subissent de plein fouet l’inflation et pourraient jouer un rôle clé dans l’élection de 2028. Si la faiblesse des salaires rassure les marchés obligataires, elle alimente aussi la colère sociale, susceptible de modifier la politique fiscale américaine en 2029.

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