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Géopolitique

Le prix de l’indépendance à l’âge de l’IA

Le Grand Continent · mis à jour il y a 5 j

Selon les calculs du plan Prométhée, financer un laboratoire de frontière en France reste possible L’article Le prix de l’indépendance à l’âge de l’IA est apparu en premier sur Le Grand Continent..

IA et indépendance stratégique

L’intelligence artificielle (IA) transforme profondément l’économie et la géopolitique. Pour ne pas dépendre des États-Unis ou de la Chine, la France propose le plan Prométhée, un projet visant à développer des modèles d’IA avancés et à construire des infrastructures de calcul (data centers) en trois ans. Ce plan vise l’indépendance stratégique, c’est-à-dire la capacité à maîtriser les technologies clés sans subir des restrictions étrangères. Il s’appuie sur des modèles d’IA de frontière (les plus performants) et des centres de calcul de 12 gigawatts (GW) d’ici 2029. Le coût total est estimé à 620 milliards d’euros (Md€), dont 130 Md€ de fonds publics et 490 Md€ de capitaux privés. La France cherche ainsi à sécuriser son autonomie technologique et à capter les bénéfices économiques liés à l’IA.

Financement privé et souveraineté

Le financement du plan Prométhée repose principalement sur des capitaux privés, malgré un besoin total de 620 Md€. L’État intervient uniquement pour mobiliser ces fonds privés, en respectant trois contraintes : la souveraineté (contrôle durable sur les modèles et infrastructures), la viabilité budgétaire (limiter l’endettement public) et la rentabilité économique (assurer que les rendements reviennent en partie à la France). Pour attirer les investisseurs, l’État propose un montage à trois étages, où le secteur public ne détient qu’une minorité des parts dans les entités clés. Par exemple, le laboratoire Prométhée sera une société privée (SAS) avec 25 % de capital public, mais sans ingérence dans sa gestion opérationnelle.

Laboratoire Prométhée : structure et levées

Le laboratoire Prométhée est une entité privée chargée de développer et commercialiser des modèles d’IA de frontière. Il doit lever entre 110 et 135 Md€ de fonds propres en trois ans, dont 23 Md€ apportés par l’État lors des deux premiers tours de financement. Les investisseurs privés interviendront ensuite en trois étapes (20, 42 et 72 Md€), avec des valorisations croissantes (de 40-50 à 240-300 Md€). L’État conserve une action spécifique lui donnant un droit de veto sur les décisions stratégiques (changement de contrôle, localisation des modèles, etc.). Le laboratoire emploiera 24 Md€ sur trois ans, dont 12 Md€ en salaires et 12 Md€ en BSPCE (options d’achat d’actions pour les employés). Son succès dépendra de la qualité de son équipe fondatrice et de la disponibilité garantie de puissance de calcul.

Calcul de France : puissance publique

Calcul de France est une société publique majoritaire (65 % de capital détenu par l’État) chargée de construire et détenir un tiers des centres de calcul (environ 4 GW) nécessaires au plan. Elle financera ses investissements via 28 Md€ de fonds propres publics et environ 120 Md€ de capitaux privés (obligations, prêts des assureurs, etc.). L’épargne française (notamment l’assurance-vie) sera mobilisée indirectement, via des obligations sécurisées et des produits adaptés (PER, ELTIF). Calcul de France louera sa puissance de calcul au laboratoire Prométhée à un prix fixe en dollars pour trois ans, avec un différé partiel des paiements pour limiter la pression sur la trésorerie du laboratoire. Une partie de la puissance sera réservée à des usages de défense (300 MW).

Puissance de calcul privée : marché

Pour les 8 GW restants de centres de calcul, le financement sera entièrement privé, selon les mécanismes classiques du marché. Des entreprises construiront et exploiteront ces infrastructures, financées par de la dette et des fonds propres. Le laboratoire Prométhée bénéficiera d’un droit d’accès prioritaire à cette puissance, mais en cas d’échec, les capacités pourront être relouées à d’autres acteurs. Aucun capital public français n’est nécessaire pour cette partie, car le seul élément public indispensable est un contrat d’achat de long terme (offtake), garantissant que la capacité sera utilisée. Ce contrat sera signé par une entité internationale, l’Agence, pour éviter d’alourdir la dette publique française.

Agence internationale : rôle clé

L’Agence est une organisation internationale créée par traité pour servir d’offtaker crédible, c’est-à-dire pour signer les contrats d’achat de puissance de calcul avec les opérateurs privés et sous-louer cette capacité au laboratoire Prométhée. La France financera environ 40 % de son capital, avec un plafond de droits de vote à 35 %. Les décisions sensibles (comme les modifications des conditions de location) nécessiteront 85 % des voix, permettant à la France de bloquer des changements sans imposer seule sa volonté. Cette structure vise à isoler les engagements financiers de la dette publique française, en s’inspirant de modèles comme le Mécanisme européen de stabilité. L’Agence permettrait ainsi de mobiliser des partenaires internationaux pour financer et sécuriser le projet.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs risques pèsent sur le plan Prométhée. D’abord, l’accès aux puces électroniques (GPU), principalement fournies par Nvidia et soumises à des restrictions américaines. Le plan prévoit des accords pluriannuels avec les fournisseurs pour limiter ce risque. Ensuite, la disponibilité des capitaux privés : bien que le marché soit attractif (exemple : un contrat de 300 milliards de dollars signé en 2025 entre OpenAI et Oracle pour 4,5 GW de centres), il faut un *offtaker* crédible. Enfin, la coordination internationale est cruciale : la France doit convaincre d’autres États de rejoindre l’Agence pour partager les coûts et les risques. Sans cette coalition, le projet pourrait échouer ou coûter bien plus cher à la France.

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