Au Sahel, l’Algérie est sortie de sa doctrine de non-intervention
Dès le lendemain d’une tentative de coup d’État au Niger, Alger a déployé dans le ciel de Niamey quatre avions chasseurs. En projetant ouvertement ses moyens militaires chez son voisin du sud, analyse “Middle East Eye”, Alger a signalé aussi un possible changement dans un principe de sa politique étrangère, celui de la non-intervention de son armée à l’étranger.
Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani prend le pouvoir au Niger par un coup d’État, renversant le président élu Mohamed Bazoum. Depuis cette date, le pays est dirigé par une junte militaire. Le 26 et 27 août 2026, une mutinerie éclate dans la capitale, Niamey, visant des sites stratégiques comme le palais présidentiel, la base militaire 101 et l’aéroport international Diori-Hamani. Les insurgés, principalement des soldats subissant de lourdes pertes face aux groupes terroristes comme l’État islamique (EI), reprochent à la garde présidentielle de Tiani de bénéficier d’un traitement privilégié et de meilleurs équipements. Cette instabilité interne s’ajoute à la menace extérieure des groupes armés, créant une crise multidimensionnelle pour le Niger.
Face à cette crise, le général Tiani demande l’aide de l’Algérie. Le 30 août 2026, l’Algérie déploie quatre avions de combat Su-30, un avion ravitailleur et un avion de transport pour soutenir le Niger. Ce déploiement marque une rupture avec la doctrine traditionnelle de l’Algérie, qui prônait la non-intervention militaire à l’étranger. Les Su-30 sont des avions de combat russes, capables de missions d’interception, de bombardement et de reconnaissance. L’avion ravitailleur permet de prolonger l’autonomie des appareils en vol, tandis que l’avion de transport sert à acheminer du matériel ou du personnel. Cette opération est la première du genre pour l’Algérie dans la région, signalant un changement stratégique majeur.
L’Algérie a longtemps suivi une politique étrangère fondée sur la non-intervention, refusant d’envoyer ses troupes à l’étranger pour éviter les conflits ou les ingérences. Cette doctrine était motivée par des raisons historiques, comme les guerres coloniales passées, et des considérations de stabilité régionale. Cependant, le déploiement au Niger en août 2026 suggère un possible revirement. Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce changement : la protection des intérêts économiques algériens au Sahel, la lutte contre le terrorisme qui menace aussi l’Algérie, et la volonté de renforcer son influence face à des rivaux comme le Maroc ou la France. Cette évolution pourrait indiquer une adaptation de l’Algérie aux nouvelles réalités géopolitiques de la région.
Le Sahel est une zone cruciale pour l’Algérie en raison de ses ressources naturelles, notamment le gaz et le pétrole, et de sa position géographique. Le Niger partage une frontière de 950 kilomètres avec l’Algérie, ce qui en fait un partenaire économique et sécuritaire essentiel. L’instabilité au Niger menace directement la sécurité des frontières algériennes et pourrait favoriser la propagation de groupes terroristes comme l’État islamique. Par ailleurs, l’Algérie cherche à consolider son rôle de puissance régionale face à des acteurs comme le Maroc, qui étend son influence en Afrique. Enfin, la présence de bases militaires étrangères (notamment françaises) dans la région pousse Alger à renforcer sa propre présence pour préserver sa souveraineté.
Le Sahel est une zone de tensions depuis plusieurs années, marquée par des coups d’État (Mali en 2020, Burkina Faso en 2022, Niger en 2023), la montée des groupes jihadistes et la présence de bases militaires étrangères. La France, historiquement présente dans la région, voit son influence contestée par des juntes militaires hostiles à Paris. L’Algérie, qui partage une frontière avec le Mali et le Niger, cherche à jouer un rôle stabilisateur pour éviter une propagation des crises. Son intervention au Niger pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large de sécurisation de sa zone d’influence, en collaboration ou en opposition avec d’autres acteurs comme la Russie ou la Turquie, qui étendent leur présence en Afrique.

